À la Pelota, tout est dit

Posted on 5 mai 2009

Et nous voilà partis pour Milan. Drôle de sentiment mêlé de sommeil (insomnie liée au réveil trop tôt, incertitude de se réveiller ?). Ce qui est drôle, c’est justement de se retrouver dans ce vol avec tous ces gens qui se connaissent et à la fois s’ignorent… ah ! le petit monde du journalisme, du design, du journalisme de design.

La grande question est maintenant, que va nous réserver ce salon en temps de crise ? mais, sommes nous seulement en temps de crise ou simplement à la fin d’une époque ? pour moi c’est plutôt la seconde affirmation qu’il faut défendre. Cette fin d’époque est depuis quelques années perceptible. Avec une accentuation forte dans les couleurs et les matières, dont le bling bling a été le reflet ordonné pour masquer ce changement de cycle. Ce qui apparaît drôle aujourd’hui c’est que cette période d’incertitude donne le sentiment que les belles années sont derrière nous, alors même que nous avions le sentiment d’être en pleine crise (emploi, matières premières, absence de dynamique, pouvoir d’achat en berne…) et là tout le monde se réveille un an, huit ans après le démarrage de ce cycle comme si nous venions de plonger. Bien sûr, il est indéniable que les effets sur l’emploi et sur les économies de certains de nos proches ne peuvent nous laisser indifférents, mais pour autant ? …

Il fait beau/

Effectivement, Milan est une petite ville, où comme dans toutes les villes de congrès, salons, festivals, les règles et distances s’abolissent. On croise un directeur, un rédacteur à l’aéroport, on se salue. On s’installe dans l’avion, il se retrouve sur le siège d’à côté. Un moment distrait par un “dragueur des sleeping“, on se concentre sur le routing et hop arrivée à destination ! train, métro, taxi, on se retrouve dans le même hôtel, là plus question de s’ignorer, on sait que le séjour sera placé sous le signe de la rencontre…

Le ciel est menaçant, mais il fait beau – “ai-je pensé aux Birkenstock ?“ – au diable les convenances, on se rhabillera ce soir pour les vernissages, en route, Milan est une ville ouverte, mais c’est aussi une ville qui demande que l’on aille vers elle et le programme de nouveau est alléchant et l’on se repose cette question : incroyable avec tous ces designers français présentés ici, pourquoi ne fait on pas cela à Paris ? pourquoi n’arrive t’on pas à régler cette tension entre commerce et exposition avec cette élégance, ce sérieux, cette légèreté que l’on pourrait résumer par “être décomplexé“ et qui réussit si bien aux milanais.

Première visite : la Pelota, Established & Sons, premier choc, première rencontre avec des amis invisibles à Paris, premières anecdotes aussi sur les lieux à visiter, les objets à voir… les vernissages programmés et puis sur les gens à croiser et ceux à éviter – sic.

A la Pelota, tout est dit – subtile liaison entre la vision formelle d’hier (le fractal) et celle qui fait jour aujourd’hui (le fonctionnalisme), dans cet espace faussement chaotique fait de planche poncées, mais non équarries c’est toute une construction assistée par ordinateur et réglée au millimètres qui offre un écrin au meilleur de la création mobilière mondiale. Tout le monde est présent, offrant rarement de l’anecdotique.

Seconde surprise, attirés par le vernissage chez Boffi, qui visiblement possède tout le quartier et ses annexes, petite indiscrétion d’un attaché de presse (communication ?) “allez voir Secondo Me, second étage à l’entrée“ et oui c’est vrai qu’exposer des objets/sculpture de verre dans un magnifique appartement milanais, un réel bonheur.

Concernant Boffi, passons vite sur les buffets moléculaires, où au pays de la meilleure cuisine mondiale on nous propose des lasagnes bolognaises en mousse issues d’un siphon, pour se poser la première question : dans sa volonté de proposer un monde parfait et prêt à l’emploi le design ne s’est il pas embarquer dans des voies qui sont devenues des impasses ?

Lorsque l’on voit certaines suites d’œuvres magnifiques (cf. Mercury de Lovegrove) on possède la réponse.

Vernissage suivant, nouvelles rencontres et nouvelles confrontations : la Fabrica chez Zanotta, le vernissage où tout le monde se devait d’être, on y croise l’attaché de presse d’une marque de chaussures espagnoles, mais aussi les meilleurs correspondant de la petite planète presse design. Pour autant, si la mise en scène et la soirée sont réussies, les œuvres présentées sont du “déjà vu“. Après Boffi, seconde déception.

Il fait très beau/

Levés aux aurores et immergés dès le petit déjeuner dans une foule cosmopolite, nous voici dans les rues de Milan.

Arrêt chez DePadova et oui, ça y est tout est là. Emportés par Jasper Morisson la collection mi ‘in & out door’ propose un retour remarquable au fonctionnalisme.

Là un luminaire que l’on oublie, mais qui se rappelle à nous en sursignifiant son alimentation électrique. Ici un canapé qui réinvente le confort. Ici encore, une banquette extérieure qui dynamise sa fonction de rangement et de nettoyage. Tout est dit, le TON du salon 09 est donné : oublié les meubles statutaires, revenons aux meubles meublant qui disent leurs fonctions et leur utilité. Bravo !

C’est assez fou comme un mouvement peut mettre des années à émerger et rendre ringard tout le reste instantanément. Sortis de chez eux, direction l’Université, pour découvrir le programme alléchant mis en scène (en vitrine) à La Rinascente.

Devant l’entrée de l’Université, comment éviter la suite de panneaux qui proclament que Milan est la Capitale Mondiale du Design, une affirmation qui en retour en clos les limites, design mobiliers et d’objets, de vêtements aussi, mais qui oublie les autres composantes du design, dont le graphisme – ouf, enfin une place pour les autres…

Porche passé, s’impose à tous la volonté de l’exposition, dépasser le cadre du design pour parler architecture, d’où la suite de pavillons, malheureusement de qualité et d’ambitions inégales.

Et là, le choc c’est une nouvelle fois Patricia Urquiola, son Garden Marble est d’un propos et d’une justesse touchant la perfection. Rien des autres pavillons n’arrivera à égaler la beauté et la sobriété des volumes en marbre de Carrare proposés ici. Bon, échappons nous de ce lieu de savoir et de contestation et dirigeons nous vers Skitch, via Monte di Pieta.

Skitch est une initiative remarquable, à l’idem d’une seconde que nous découvrirons le lendemain : Moustache. Mais si le propos est le même, s’unir pour proposer le meilleur, ici contrairement à Moustache c’est le sérieux qui règne, jusqu’au courtelinesque. Pour pouvoir avoir le droit d’apercevoir un des patrons de la marque (probablement un baron de l’industrie milanaise), quatre barrages nous seront opposés (même Gérard Laizé est plus facile à approcher). Bon, passé cette anecdote, nous nous sommes laissés porter par la collection proposée et c’est vraie qu’il y a quelques belles nouveautés (dont la série de meubles en miroirs – très 50’), mais bon passons. Direction “l’ambassade de France“ et les 5.5 qui fêtaient leur cinq ans et demi, rien à dire, nous sommes venus la veille de l’inauguration de l’expo, mais l’accueil est toujours aussi sympa et prévenant – espérons qu’ils vendent tout leur stock, mais à 1 euro tout devrait partir rapidement.

/Par Frédéric Rossi-Liegibel /copyrights photo AFV Cooperative Design (dans l’ordre Installation par Tom Dixon pour Veuve Clicquot/ Superstudio, Established & Sons à la Pelota, les 5 ans et demi des 5.5 au Centre culturel français de Milan)

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