couleur

Posted on 8 juillet 2009

Comprendre comment le blanc est devenu pour lui, de couleur du néant qu’il était, une matière riche et multiple, nous conduit à nous interroger sur le statut de couleur longtemps refusé au blanc. Le blanc se comprend d’abord dans un système d’opposition: il offre un contraire au noir, et dans le cas d’un système ternaire, au noir et au rouge.Entre le noir et le blanc, s’étend la zone indéterminée des gris, dont les variations sont infinies. Une nouvelle opposition se fait jour : le blanc (comme le noir et les gris) s’oppose aux couleurs. Dans le cas des techniques d’enregistrements (photographie et cinéma) mais cette opposition prend aussi un sens symbolique. Le blanc apparaît comme un refuge de pureté face aux couleurs, qui renvoient à la profusion de la vie, et par là à la chair.

Toutes les couleurs ou presque ont à la fois des connotations positives et négatives : l’ambivalence est constante. Dans le cas du blanc, ces conceptions s’articulent d’abord dans la façon dont on lit cette couleur par rapport aux autres. Une symbolique qui rejoint la physique lorsque le blanc est assimilé à la lumière. Il prend alors de nombreuses connotations positives parmi lesquels la pureté, la propreté. Le blanc de la lumière est un plein, il est le résultat de l’addition de toutes les nuances du spectre lumineux. Pourtant le blanc peut aussi apparaître comme un vide, une absence de couleur, et ce manque se décline alors selon une gamme nuancée qui va du positif au négatif. Le blanc évoque parfois un absolu sans souillure, alors la blancheur peut faire l’objet d’une quête éperdue, comme le montre bien la partie consacrée aux lessives par exemple. Le blanc comme non couleur renvoie aussi à la neutralité : on a alors le neutre inoffensif du tir à blanc, le neutre au statut ambigu du bulletin blanc, ou le blanc, l’ange qui passe dans une conversation qui s’effiloche. Le blanc du trop vide, du manque douloureux, est celui de la page blanche, qui appelle son opposé, afin que les choses soient tangibles, écrites noir sur blanc. Le blanc enfin évoque l’absence de vie, c’est la couleur du linceul, alors qu’il disait un sexe encore indéterminé dans la layette du nourrisson.

L’incarnation de la couleur blanche dans toutes ses contradictions. Le blanc n’est pas une couleur, juste une réflexion, il ne réfléchit pas la lumière, il est lumière.

Blanc de l’aube : la pure innocence du jour naissant. Lumière diffuse, opalescente, liliale. Comme sa contre-couleur le noir, il se situe à une extrémité de la gamme chromatique, tout sauf l’absence de couleur. Combinant toutes les fréquences du spectre, le blanc ne réfléchit pas la lumière, il est lumière. Comme sa contre-couleur le noir, il se situe à une extrémité de la gamme chromatique,

Impressions duelles : absence, finitude, ou, au contraire, champ infini des possibles. Valeur absolue avec, comme modulations, celles données par la brillance ou la matité de la matière, le jeu des textures.

Blanc émotion… Une soif d’absolu modulant la matité, la brillance ou la matière, trop lunaire, trop opaque, le blanc pose toujours ce problème de transparence ! Se pose alors la question de quel blanc, la somme de toutes les couleurs ou au contraire le blanc pur, le titane. S’il est la somme de toutes, quelle quantité de chacune d’elles faudra-t-il utiliser ? Et pour obtenir quel blanc ? Le Blanc pur, le Blanc primal ?

Blanc pur. Blanc primal. Absence de couleurs ou somme de toutes.

Le blanc est photogénique. On le pense clair mais son opacité est un masque, lunaire ou givré. Il y a de quoi se noyer dans son lait, ou s’emprisonner sous une couche de nacre. Il peut être si timide qu’il se cache facilement sous le gris d’une photo, mais il sait si bien faire chanter la lumière !

Simple, le blanc est support, il rajoute de la valeur à toutes les couleurs. En ajout, il opacifie, isole et respecte les couleurs, dès que vous le modifiez, il n’est plus lui-même. Plâtre, chaux, craie, albâtre, marbre de Carrare, le blanc est minéral, humble ou luxueux. Complexe, blanc plus que blanc, il est difficile de lui apporter quelque chose de nouveau, même s’il offre beaucoup de possibilités et de tonalités différentes.

Impressions duelles : absence, finitude, ou, au contraire, champ infini des possibles. Valeur absolue avec, comme modulations, le jeu des textures, le jeu des souvenirs.

  • Coquillages, os blanchis par la vague, épaves, un champ infini…

À l’instar du silence, rejet de tout ce que l’on ne veut pas entendre, ne serait-il pas une vue de l’esprit, un concept, un choix ?

  • Blanc de l’aube : la pure innocence du jour naissant. Lumière diffuse, opalescente, liliale.
  • Plâtre, chaux, craie, albâtre, marbre de Carrare, le blanc est minéral, humble ou luxueux.
  • Lait, crème Chantilly, œufs montés en neige, meringue, chocolat blanc, le blanc est promesse de plaisir.
  • Coquillages, os blanchis par la vague, le blanc est souvenir.

Fier de son origine, le blanc admet mal les transformations. Il  vire au gris, au crème et parfois même au champagne ! Mais il est respectueux ! Bien élevé en somme ! Avec une éducation classique, en col blanc. Cependant, lait, crème Chantilly, œufs montés en neige, meringue, chocolat blanc, le blanc est aussi promesse de plaisir.

À l’instar du silence, rejet de tout ce que l’on ne veut pas entendre, ne serait-il pas une vue de l’esprit, un concept, un choix ? Tout sauf l’absence de couleur.

Mes mots pour le blanc – Candide, douleur, voyant, exaspérant, incandescent, fier

/Par Frédéric Rossi-Liegibel

articles en lien

ibookligne_vierge

zone2