Nouvelles perspectives au mariage de l’étain et de la couleur

Posted on 8 juillet 2009

Après avoir expérimenté avec succès une méthode de développement d’objets promotionnels, l’Orfèvrerie d’Anjou* a proposé aux maisons de Champagne l’association forme/couleur qu’elle venait de créer : un nouveau traitement de surface, qui ouvre de nouvelles perspectives au mariage de l’étain et de la couleur. “On se représente généralement l’étain sombre et mat, parce qu’il fut longtemps noirci par l’adjonction de plomb. C’est une erreur ! Cette pratique nocive, interdite depuis, a installé une représentation très ancrée dans l’esprit des gens. Or, l’étain est naturellement brillant.”

Pascal Blandin COMMENT S’EST DEROULEE VOTRE RECHERCHE ?

Nous disposons d’un bureau d’études centré sur les formes et un partenaire nous fournit différentes teintes. La création d’un produit se fait à partir d’esquisses, souvent réalisées par une agence de design ou de création externe. L’étain permettant de travailler sans outillage important, nous pouvons tester et réaliser un produit en trois jours.

OU PUISEZ-VOUS VOTRE INSPIRATION ?

Nous travaillons quotidiennement avec des créateurs de maisons de design. Nous sommes aussi sous-traitant pour de nombreuses maisons de luxe qui font des carnets de tendances. Enfin, nous sommes toujours à l’affût des nouveautés sur les salons, dans la presse, au Japon, en Russie. Alors, forcément, on finit par sentir les tendances.

CET APPORT DE LA COULEUR GENERE-T-IL DES CONTRAINTES PARTICULIERES ?

Oui, car l’étain est un métal vivant, très malléable. Il est fragile, se raye facilement. La couleur rehausse les tonalités métal, mais elle met aussi en exergue les défauts, les soudures imparfaites, par exemple. Donc, plus une couleur révèle la matière, plus la pièce doit être excellente. Une couleur très masquante est plus facile à traiter, mais présente moins d’intérêt. Une autre contrainte se pose au stade du contretypage. La couleur est beaucoup plus lumineuse sur le métal. Pour obtenir une couleur identique à celle d’un logo, il faut travailler avec les coloristes pour que les variations sur le métal rendent la même chose que sur le papier.

COULEUR ET MATIERE SONT DONC TRES LIEES ?

On ne peut pas dissocier la sensualité de la matière de la réalité de la couleur. On n’imagine pas une sensation granuleuse sur de l’irisé. Il faut du lisse, du brillant. Au contraire, les couleurs chaudes rappellent certaines matières premières. On peut transformer du métal en cuir ou en porcelaine par une application couleur. Certains clients souhaitent conserver un toucher métal, propre à l’étain. D’autres recherchent des sensations “soft touch”, des touchers diamant, des impressions granulées !

SUR QUELS ASPECTS PORTENT VOS EFFORTS ACTUELLEMENT EN MATIERE D’INNOVATION ?

Sur des formes improbables, des objets indémoulables qui paraissent trop fragiles… Actuellement, nous travaillons sur l’association du carbone et de l’étain. Le carbone donne un aspect plus techno au produit Nous avons aussi un projet qui allie modernité et couleur, que nous dévoilerons bientôt.

CETTE UTILISATION RECENTE DE LA COULEUR MODIFIE-T-ELLE VOS PERSPECTIVES ? OUVRE-T-ELLE DE NOUVEAUX SEGMENTS ?

La couleur est une arme supplémentaire et un outil exceptionnel. Elle nous permet de répondre à des demandes spécifiques : une sélection d’objets d’ arts de la table, Clarins, des bijoux pour Krug… C’est la couleur qui a permis d’emporter ces marchés ! L’étain ne trouble pas le jus de parfum, permet des petites séries très personnalisées, numérotées, gravées, avec une infinité de couleurs possibles : la cosmétique, la parfumerie font maintenant régulièrement appel à nous…

QUELLES TENDANCES PERCEVEZ-VOUS ACTUELLEMENT AUTOUR DE LA COULEUR ?

Même s’il n’est pas question que les couleurs naturelles disparaissent, l’évolution consiste à associer couleur et toucher. Les clients sont en attente d’une couleur en harmonie avec leur marque. Le rose et le noir s’estompent au profit de nuances de tons encore inconnues, plus pastel.

*L‘Orfèvrerie d’Anjou est leader mondial de l’étain brillant dans l’industrie du luxe. Née au XVIIIe siècle, elle est l’héritière d’une lignée fameuse d’orfèvres et la dernière entreprise d’étain en Europe. Son activité repose sur deux métiers : la fabrication d’objets en étain, dont une gamme en exclusivité, et le travail à façon pour le marché du luxe, qui représente la plus grosse part du marché. (maisons de Champagne et de Cognac, cosmétique, marché des trophées…). Aujourd’hui, les réalisations pour les maisons de Champagne permettent à la manufacture de collaborer avec quelques noms du design attachés aux principales marques : Martin Szekely, Christophe Pillet, ou le designer Éric Bert

** Pascal Blandin dirige l’Orfèvrerie d’Anjou. Entretien réalisé en 2007 pour le livre Alchimies, Couleurs, matières, lumières, pour l’agence Extrême Paris

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