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Nonchalance élégante, activité et fébrilité

Posted on 29 septembre 2009

Retour à Londres, un an et une crise plus tard. Qu’allait-il rester de l’esprit londonien, de ce mélange si particulier de nonchalance élégante, d’activité, voir de fébrilité, de douceur aussi ? déjà l’été dernier de nombreux parigots/londoniens évoquaient l’idée de refranchir le Channel… moins d’argent à se faire, plus de sécurité en France. Allions-nous ne plus entendre parler français dans les rues chez Carluccios le samedi après midi ?

Bon, arrivé à Saint Pancras, essai du métro, renoncement devant la queue devant les guichets automatiques, un taxi noir bien sûr, étrange cette foule anarchique face à l’arrêt – pas très fair-play, ni british tout ça – bagages posés au Grosvenor House Hotel, direction Nothing Hill via Hyde Park et la Serpentine Gallery pour revoir le pavillon de SANAA et là dans les allées on se dit que rien ne change et que si le gazon et les marronniers sont les mêmes qu’à Paris l’air et l’ambiance sont différents. Que décidément les deux sœurs ennemies sont à la fois si proches et si lointaines. Passage par Belgravia, où beaucoup de maisons sont en rénovation et arrivée sur le Westbourne Grove.

Passage par Planet Organic (à la vue de son succès à quand en France ?), un jus de carottes au ginger et direction le marché aux puces et là de nouveau, recul devant la foule joyeuse, les odeurs de fish and chips et les chanteurs de rues, génial mais trop d’un coup. Retrait stratégique chez Nicole Farhi et déjeuner d’un plat de pâtes – ne serait ce pas ici que l’on mange les meilleures – arrosées d’une eau parfumée au concombre – ici on ose tout et c’est bien. Un coup d’œil chez Solange Azagury-Partridge pour revoir son cabinet des merveilles et pleins d’une énergie renouvelée en route pour le V&A Museum pour découvrir Telling Tales et les installations pour la semaine du design. Nous avions “juste“ oublié que c’était un “magnifique“ labyrinthe, c’est donc accompagnés d’un gardien (les médiateurs culturels n’ont pas encore franchi la Manche) que nous avons exploré armés d’une lampe de poche et découvert au son des cliquetis de la recharge manuelle (qui a dit que les musées devaient être silencieux) les salles Tudor où était installé le meilleur de la création “lumière“ d’aujourd’hui – Superbe.

Mais la vraie surprise viendra de l’exposition phare sur le mobilier féerique et principalement des créations du Studio Job. C’est vrai que l’on connaît tous leurs créations dont les magazines de design nous parlent fréquemment. Mais le bénéfice de cette exposition est de nous faire découvrir que l’enchantement du quotidien est un vrai mouvement design actuel qui se place résolument et depuis des années au côté du design minimaliste et fonctionnel que l’on connaît plus en France et que si nous avons tous beaucoup écrit sur l’éphémère vague Bling, que cela n’a vraiment constitué qu’une des émergences d’un mouvement plus profond.

Il suffit de visiter les salles y étant consacrées ici, de voir les créations de Jurgen Bey, Studio Job, Marcel Wanders, Hella Jonguerius… pour voir que les Français, à l’exception de Matalie Crasset, non pas exploré cette voie – dommage ? pourtant, la joie, le plaisir et l’enchantement font aussi parti de la culture française, mais faut-il être protestant ou musulman pour être bercé de contes et de légendes ?

Ca bouge à Londres, alors continuons – une petite pause dans le jardin clos du Musée où règne une ambiance qui n’est pas sans rappeler celle du Politecnico di Milano – puis direction Trafalgar Square, où une surprise nous attend.

Dessiné par Jaime Hayon, trône au centre de la place à mi-chemin des escaliers (un théâtre naturel) et de la gigantesque colonne de Nelson, un jeu d’échec géant. Magnifique, joyeux, précieux, mû par des “pages chaussés de Camper“ les pièces évoluent au rythme de joueurs amateurs assis dans les magnifiques fauteuils créés par notre designer ibérique préféré. Quelques dizaines de photo plus tard, en route pour le nouvel Est, Southbank métamorphosé en une cour de récréation pour la création mystérieuse des designers Marc Newson et Shigeru Ban. Ce curieux cône de 22 mètres ressemble assez à un sapin de noël, sans autre fonction que d’être posé là à une intersection entre deux quartiers, centre du chaos urbain qui caractérise Londres aujourd’hui. Nommée Paper Tower, elle sera vendue aux enchères par Phillips de Pury & Company et Mittal le 15 octobre (ainsi que d’autres œuvres conçues pour l’événement).

Grâce au design, Londres pour quelques jours ressemble au Monde de Disney avec des échecs géants sur Trafalgar Square et une tour cartonnée se perchant à côté d’un champignon coloré sur Southbank. Ces installations surdimensionnées envoient un message optimiste à nous rassurer Londres sera toujours Londres et Paris sera toujours Paris. Deux capitales du design avec deux approches radicalement différentes de la mise en scène …

/Par Frédéric Rossi_liegibel /crédit photo Studio Job

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