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Le marché du design à l’assaut de nouveaux sommets

Posted on 28 octobre 2009

Outre son bilan du marché de l’art contemporain sur fond de crise planétaire, le guide ArtPrice ouvre un chapitre au design, fait le point sur le trio gagnant du design contemporain et sur les nouvelles signatures montantes issues des Pays-Bas. Ce rapport annuel ne s’attache qu’au “second marché“ celui des ventes aux enchères. Le prestige de signatures telles que Marc Newson, Frank Gerhy, Zaha Hadid, les frères Campana ou Ron Arad, allié au critère de rareté et aux qualités plastiques et techniques de pièces choisies, font du design un champ de collection au même titre que celui de l’art.

Quelques constats liminaires : comme pour l’art, la côte d’une pièce de design est régie par deux principes fondamentaux : la signature et la rareté ; malgré leur présence internationale les designers français ne sont pas présents dans les grandes ventes, ni fortement côtés ; le mobilier est recherché, les objets restent en retrait. Marc Newson, Ron Arad et Zaha Hadid sont les designers les plus prisés aux enchères. Pourquoi ? Le guide ArtPrice tente trois explications :

Premièrement

Le design contemporain, dit cutting-edge, s’est appliqué à abolir la frontière entre l’objet et l’œuvre d’art. Afin de créer la rareté et de susciter le désir, le design a intégré des caractéristiques de la sculpture et de la peinture (œuvre unique, prototype, commande, séries limitées et numérotées, détournement d’objets, introduction d’une part de hasard dans le processus de fabrication).

Deuxièmement

Le design coté est affaire de créateurs, soutenus par des galeries, exposés dans des foires d’art d’envergure internationale et des musées prestigieux. Les parallèles entre art et design se sont d’ailleurs multipliés dans les années quatre-vingt et ont eu une incidence bénéfique sur la cote du design aux enchères durant la dernière décennie.

Troisièmement

Les designers contemporains les plus courus ont développé un style immédiatement reconnaissable que l’amateur de design identifie sans peine. La cote du design s’est emballée rapidement, suivant l’explosion des prix qui secouait le marché de l’art contemporain entre 2005 et 2008. Des pièces rares et généralement très sculpturales ont atteint des dizaines, des centaines de milliers d’euros, et enfin des enchères millionnaires

En février à Paris, étaient atteints pour le fauteuil “aux dragons“ d’Eileen Gray /- 21,9 m€. En témoignent avec encore plus de pertinence les cinq nouveaux records signés en 2009 pour des pièces de François-Xavier Lalanne (1924-2008). Le 9 décembre 2008, au lendemain de son décès, un siège Mouton présenté chez Christie’s Paris quintuplait son estimation pour s’arracher à 110 000 euros. Deux mois plus tard, le Bar YSL (commande, pièce unique) s’envolait au décuple de son estimation à 2,75 m€ / collection Pierre Bergé – Yves Saint Laurent/ Christie’s/ 23 au 23 février 09.

Les designers contemporains sont encore loin de tels sommets : cependant, certains sont parvenus à s’infiltrer dans un marché de niche via des éditions très limitées, réalisées parallèlement à une production industrielle massive.

Marc Newson au sommet

Il réunit toutes les composantes décrites plus haut : collectionné par les principaux musées (Museum of Modern Art de New-York, Centre Georges Pompidou de Paris…) ; auréolé d’une trentaine de récompenses (Compasso d’Oro en 2000) ; promu auprès des grands collectionneurs d’art contemporain par les galeries Gagosian (Jeff Koons, Damien Hirst) et Kreo.

Une conséquence, aujourd’hui, Marc Newson est le designer vivant le plus cher aux enchères. Sa pièce phare, la sculpturale Lockheed Lounge, a assis un nouveau record en 2009. Belle histoire pour ce meuble difficilement éditée en 1985, vingt-quatre ans plus tard, son prix initial (1 000 £) est multiplié par 1 000 !

Les réussites de Newson ne sauraient cependant masquer les multiples échecs essuyés par d’autres grands noms du design : Zaha Hadid et Ron Arad ont fait les frais de la détérioration du marché en 2009.

Même parcours pour Zaha Hadid, première femme auréolée du Pritzker Price (2004). En 2006, en parallèle d’être lauréat du concours international lancé pour la construction de trois tours dansantes dans le quartier d’affaires de Dubaï, se tenait une rétrospective de son œuvre au Guggenheim de New York, puis le Design Museum de Londres (2007). Le record d’enchère de Zaha Hadid concerne une pièce spectaculaire intitulée Urban Nebula dévoilée au London Design Festival 2007 (372 000 €/ Phillips de Pury & Company Londres/ octobre 2007). Pour l’heure son meilleur résultat, car en 2009, sa côte culmine à 38 000 € pour le sofa Moraine, de la série Z-Scape.

L’année 2007 fut aussi faste pour Ron Arad qui enchaînait alors les records avant un tassement de son marché en 2008, puis un retour à la prudence manifeste en 2009 de la part des collectionneurs comme des maisons de ventes.

Ron Arad réussit sur tous les plans et multiplie les casquettes : professeur au Royal College of Art de Londres, artiste, designer et architecte, il joue aussi de connivence avec l’univers de la mode. Les plus grands musées le collectionnent.

Le 13 décembre 2007, le D sofa (réalisé en 1994 au One Off Studio à 20 exemplaires) triplait son estimation de 100 000 $ et était adjugé 340 000 $. Mais, le 16 juin 2009, il peinait à atteindre son estimation basse de 100 000 € et fut finalement adjugé 95 000 € chez Artcurial (Paris).

Le sang neuf venu des Pays-Bas et du Brésil

Même recette : une exposition délibérément narrative qui vise à explorer les histoires racontées par les designers ; une rupture de frontière entre art et design via un surcroît de fantaisie et d’émotion ; des séries limitées d’artistes pour la plupart trentenaires sont déjà exposées en galeries et collectionnés (Marcel Wanders, Marteen Baas, Tord Boontje, Wieki Somers, Ineke Hans, Jurgen Bey, Hella Jongerius, Tejo Remy, Sebastian Brajkovic, Niels van Eijk et Miriam van der Lubbe, Joep van Lieshout et Studio Job).

Sur le second marché, certains prototypes et séries limitées s’échangent des dizaines, voire des centaines de milliers d’euros /Jeroen Verhoeven/ Cinderella/ 100 000 €/ avril 2009 Phillips de Pury & Company.

Une rupture dont témoigne également le succès des frères brésiliens Fernando et Umberto Campana dont les fauteuils constitués d’accumulation de peluches se sont sereinement échangés ces derniers mois (Fauteuil de repos Mickey & Minnie/ 18 000 €/ Pierre Bergé/ Paris, 17 juin 2009).

Dernier point remarquable, les pièces de Studio Job. Proposées en ventes publiques avec parcimonie, ce choix soutien un effet de rareté propice à l’inflation des prix.

Studio Job (Job Smeets, Nynke Tynagel) est passé maître dans le recyclage d’idées et le goût baroque de la démesure. Ils se sont fait remarquer lors de la foire Design Miami en décembre 2007 avec une série de meubles parodiant les styles historiques en bronze noirci et flot de dorures : la collection Robber Baron.

En avril 2009, le paravent Perished collection (6 exemplaires) compte parmi les rares pièces de l’année à enregistrer un résultat au-delà des prévisions (55 000 €/ Christie’s/ avril 2009). La cote de Studio Job semble donc sur une pente ascendante contrairement à bien des signatures établies dont les résultats s’essoufflent.

Les héritiers de la postmodernité triomphent ainsi en salles des ventes, mais pour battre ce nouveau sommet, la cote du cutting-edge venu des Pays-Bas a encore bien du chemin à parcourir.

/Par Frédéric Rossi-Liegibel /Sources : Le marché de L’art contemporain 2008/2009/ the artprice annual report/ bilan des ventes publiques /Crédits photo /zaha-hadid_aqua-table_black-front_photography-credits-david-sykes /Robber Barron 2006-2007/ artists Studio Job/ material polished, patinated and gilded bronze castings/ edition 5 + 2 AP/ collection eg. Moss NY, Groninger Museum (NL)/ credits photography  R. Kot/ marc newson/ lockheed chair/ Phillips de Pury & Company

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