Bleu – Pastoureau

Posted on 30 novembre 2009

Après un Dictionnaire des couleurs de notre temps (Bonneton, 1992), et une exploration des Rayures (Le Seuil, 1995), M. Pastoureau nous donne une synthèse sur l’histoire sociale du bleu en Occident (histoire religieuse, politique, littéraire, artistique, mais aussi économie et technique des teintures, héraldique ou sociologie), à l’illustration de son propos fondamental : “c’est la société qui fait la couleur […] pas l’artiste ou le savant ; encore moins l’appareil biologique de l’être humain ou le spectacle de la nature“.

Dans son livre (une référence), on suit de l’Antiquité à nos jours, les mutations de la couleur. Ou, plus exactement, des systèmes socio-symboliques qu’elle accompagne, concrétise et organise. La couleur  sert d’abord à classer, c’est-à-dire à distinguer et opposer des objets, des fonctions, des personnes. Ce principe structuraliste de base est valable pour tout champ d’étude ; encore faut-il arriver à dégager, de la prolifération du réel documentaire, un système simple, quelques axes et valeurs, un ordre. Quel est donc celui des couleurs en Occident ? michel Pastoureau le fait parfaitement c’est en cela que ce livre reste à ce jour inégalé.

De l’Antiquité au 12e siècle, le système de base est tripolaire : le blanc s’oppose au noir et au rouge, la couleur bleue est “silencieuse“, c’est-à-dire non intégrée à un système de valeurs.

Le bleu change de statut au 11e siècle. Il se fixe, dans l’iconographie, comme couleur du manteau de la Vierge. D’abord religieux et marial, il éclate dans les vitraux gothiques. Puis il entre en politique et devient l’emblème du roi de France vers 1130. Le rouge reste impérial et papal, mais le bleu devient royal.

Entre les 15e et 17e siècles, le bleu devient une couleur “morale“ : premier support de signes dans une société alors en pleine transformation, ni prescrit ni interdit, le bleu est libre. Une nouvelle sensibilité chromatique s’installe : le noir et le blanc quittent l’univers des couleurs.

Enfin, du 18e au 20e siècle, le bleu triomphe. L’invention, vers 1720, de la gravure en couleurs prépare la réorganisation du système autour de la triade rouge/ bleu/ jaune, futures couleurs primaires.

Puis le bleu politique se mondialise en couleur de la paix et de l’entente (ONU, Europe). Côté vestimentaire, le noir se transforme en bleu marine, autour de 1930, sur presque tous les uniformes (marins, mais aussi policiers, pompiers, facteurs), et le bleu civil s’impose via le jean.

/Par Frédéric Rossi-Liegibel /Michel Pastoureau, Bleu. Histoire d’une couleur, Seuil, Points Histoire, octobre 2000

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