Définir où la justification de la couleur prend tout son sens

Posted on 2 novembre 2009

Pour Jean Philippe Gautier*, les industriels de la couleur ont pour tâche, de créer un objet, de provoquer la séduction. “Actuellement, notre Graal, c’est de faire l’arc-en-ciel, c’est-à-dire une couleur qui change en fonction de l’angle de vision.”

Chez Merck, l’innovation est une composante majeure de notre stratégie d’Entreprise ; elle nous permet d’évoluer en permanence et d’être différent de nos concurrents. Le marché des pigments à effets s’est beaucoup développé ces dernières années et tend aujourd’hui à se stabiliser. Un pigment à effet n’est pas un simple « gadget » soumis aux effets de mode, c’est avant tout une composante majeure de la couleur : celle qui lui donne vie et la rend différente des autres couleurs.  Sur certains marchés, il n’y aura jamais 100 % d’utilisation d’effets nacrés, il faut innover en permanence pour renouveler les propositions et séduire de nouveaux utilisateurs. Par notre positionnement dans la chaîne de production, nous sommes éloignés du produit final, donc des marques. Nos clients sont des intermédiaires de production : ils transforment nos pigments bruts dans divers matériaux (plastiques, peintures, papiers et encres) et les revendent à des industriels, fournisseurs des marques (injecteurs, imprimeurs, …). Parce qu’il y a un vrai décalage entre la perception du consommateur et la réalité du produit, il nous a semblé nécessaire d’entreprendre un véritable travail d’éducation autour de la couleur. Merck a donc décidé de travailler directement avec les marques, les designers, les agences de création, pour leur exposer ses savoir-faire, les mettre à leur service, et les accompagner tout au long du développement d’un projet. À présent, nous ne sommes plus perçus comme un simple fournisseur de matières premières mais aussi comme un apporteur d’affaires.

ET COMMENT GEREZ-VOUS L’INNOVATION?

Une plate-forme gère l’innovation de façon transversale, sélectionne les projets et les décline. Notre politique d’innovation implique des relations entre les directions des  filiales, au niveau des laboratoires de recherche. Nous avons lancé une démarche d’innovation tant en termes de produits que de services à destination de nos clients, même sur les gammes standard. Aujourd’hui, nous sommes en mesure de leur proposer des produits plus adaptés, des services personnalisés. Par exemple, nous leur soumettons des propositions de nos coloristes.

QUELLES PERSPECTIVES CETTE DEMARCHE INNOVANTE OUVRE-T-ELLE ?

Nous développons de nouveaux types de supports synthétiques capables de réfléchir la lumière de façon plus régulière et plus prévisible que le traditionnel mica. En outre, l’usage de supports innovants engendre de nouvelles recherches d’effets. On peut jouer sur une combinaison matière/couleur/sensation. La tendance est à la création de produits de plus en plus complexes et multi-fonctions. On ajoute quelque chose à la couleur. Par exemple, on peut imaginer des couleurs thermo-chromiques qui varient selon l’intensité de la chaleur. On peut envisager de développer des pigments qui réfléchissent la chaleur et permettent de diminuer la température dans les bâtiments. Certaines gammes fonctionnelles étant conductrices, elles dispersent l’électricité. Toutes ces perspectives poussent aux prouesses techniques. Bref, il y a une multitude de pistes possibles ! Ces recherches peuvent favoriser de nouveaux partenariats, avec des entreprises fabricant des additifs, par exemple. Autant de sources de nouvelles rencontres, d’émergence de nouvelles compétences. En se décloisonnant, on apprend plus vite, on brise les paradigmes !

QUELLES TENDANCES PERCEVEZ-VOUS EN MATIERE DE COULEUR ?

Aujourd’hui les couleurs ne sont plus monochromes, elles sont changeantes, joueuses, surprenantes; tous les effets métalliques ou irisés sont aujourd’hui en vogue car ce sont eux qui autorisent le jeu avec la lumière. 40 % des teintes mondiales en automobile sont réalisées à partir de pigments nacrés : les creux et bosses des carrosseries se revoient la lumière dans toutes les nuances possibles. Même dans le domaine des peintures décoratives, des enduits, des stucs intègrent des vernis contenant des pigments à effets.

Le secteur automobile qui stagnait autour d’une uniformité de gris, semble de nouveau se tourner vers les rouges et les bleus. Et comme  il y a des passerelles de plus en plus fréquentes entre  secteurs, les marchés s’inter-influencent …Toutes les évolutions sont permises.

*Jean Philippe Gautier  est responsable, pour Merck, de la de la division pigments. Entretien réalisé en 2007, par Frédéric Rossi-Liegibel, pour le livre Alchimies, Couleurs, matières, lumières, pour l’agence Extrême Paris – Photo de Mathias Walter®

**Merck KGaA est le plus ancien groupe de pharmacie et de chimie au monde. Avec environ 40 000 salariés, Merck est présent dans 70 pays. L’activité Chimie est organisée autour de 4 divisions. Parmi elles, la division Pigments est en charge des domaines liés à la coloration des matériaux (plastiques, peintures, vernis). Ses marchés sont très variés : peintures pour l’ automobile ; revêtements (peintures décoratives pour verre, produits de téléphonie mobile, produits d’ameublement,…) ; coloration des matières plastiques (du flacon de shampoing aux chaussures de ski); papier et imprimerie ; aspect décoratif des produits cosmétiques.

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