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Indice de référence du Bonheur National Brut

Posted on 23 novembre 2009

Second portrait des acteurs contemporains du design, Gilles Deleris, président de l’ADC (Association Design et Communication), directeur fondateur de l’agence W&cie (Groupe Havas) et son directeur de création.

C’est dans ce dernier rôle que nous l’avons interrogé, dans le cadre de notre questionnaire proustien. Il représente dans le paysage du design français un des patrons des grandes agences capables d’intervenir sur des problématiques liées à la représentation physique de la marque, via ses points de contact avec son public à Paris, Tokyo ou New York.

cooperative design : LA CONCEPTION D’UNE CHAISE EST-IL TOUJOURS LE PASSAGE OBLIGE POUR LE DESIGN ?

La légitimité se conquiert. Celle d’un designer n’est pas celle d’un critique. Il a la responsabilité de donner à voir. Et donc à produire des solutions. Chaque métier du design a sa “chaise”. LA marque, dans le champ du graphic design, est probablement l’exercice sous contrainte le plus exigeant. Mais il y a tant à embrasser sur le terrain des signes que l’on peut être un grand graphic designer sans jamais avoir produit une grande marque.

cd : AVEZ-VOUS DÉJÀ CONCUE VOTRE « CHAISE » ?

J’ai fait beaucoup de marques, pas mal d’édition, mais je ne sais pas si j’ai réussi “une chaise”…

cd : QU’EST-CE QUE LA MATURITÉ DANS VOTRE PRATIQUE, ET QUELS EN SONT LES SIGNES ?

Considérer par principe qu’il n’y a pas de principe… Qu’il n’y a pas qu’une seule bonne solution. Aller chercher ailleurs que dans le design. Voir les bonnes solutions chez les autres et s’en émerveiller.

cd : GRAPHISME, OBJET, ARCHITECTURE, URBANISME, LE DESIGN EST-IL UNE QUESTION D’ECHELLE ?

Oui si l’échelle est sans limite. De petits instants de qualité et de plaisir minuscules au Grand Soir qui refait le monde.

cd : QU’EST-CE QUI VOUS FAIT COURIR GILLES ?

Je ne ferais pas ce métier, je serais obligé de travailler. J’ai bien l’intention de continuer, en équipe, avec un grand plaisir à mener des processus collaboratifs qui sont l’âme du design, au centre de tout, mais, comme dirait Foucault, riche de toutes ses marges. Ce sont des idées que je m’attache aussi à transmettre, dans l’agence, aux clients et en tant qu’enseignant.

cd : EXISTE T-IL UN DESIGN UTOPISTE ?

L’utopie consisterait à réaliser la rencontre parfaite de l’objet et du projet. Faire de nos pratiques si diverses des finalités et non seulement des vecteurs. Mais au fond, notre rôle peut trouver son accomplissement dans le “simple” fait de proposer des solutions préférables à celles qui semblent installées définitivement.

cd : VOUS INSCRIVEZ-VOUS DANS UN ÉCOSYSTÈME ?

“Auriez-vous une question un peu plus petite ? ” demandait Matisse à une dame l’interrogeant sur sa définition de l’art… Il y a tant de pratiques distinctes, tant de méthodologies différentes, tant d’interprétations sur la place du client pour les uns, du commanditaire pour les autres… Mais tout de même, j’ai la conviction que le designer, à la faveur paradoxale de la crise que nous traversons, re-trouve une légitimité que 50 ans d’hypermarketing et d’hyperconsommation avaient eu tendance à effacer. Aujourd’hui, bien des entreprises sont diabolisées. Les excès du discours publicitaires sont devenus inaudibles et démodés. Les 30“ déversés comme des tapis de bombes dans les écrans et dans les cerveaux disponibles ont saturé la solution. Les marques se sont retrouvées en première ligne, surexposées. On a fait trop souvent au profit du marketing et d’une efficacité supposée le deuil de l’esthétisme. Raymond Loewy doit se retourner dans sa tombe car depuis plusieurs décennies, il faut constater que la laideur s’est très bien vendue. Je pense que les designers ont l’opportunité de prendre la place laissée vacante par les tenants du marketing de l’hyperconsommation. Ils sont légitimes pour tenir ce rôle et réenchanter le monde en faisant valoir une vision responsable, pérenne, porteuse de projet, de fierté et de cohésion. Ils sont les mieux à mêmes de proposer des réponses en phase avec la double attente de consommateurs ultra lucides, très vigilants, et de citoyens planétaires. Moins de matière, moins de signes, moins d’emballage, moins de superflu, moins d’empreinte écologique de la conception à l’exploitation, moins de déchets, moins de pollution visuelle pour plus de cohérence, plus de services, plus de responsabilité, d’attention portée, plus d’élégance, plus d’imagination, plus d’adaptabilité, plus d’expérience, plus de simplicité pour nous accompagner dans la complexité du monde… Pour les designers, il ne s’agit ni d’une posture ni d’un effet d’aubaine, mais bien d’une vision, indissociable de leur pratique. Bien des entreprises sont désormais acquises à cette idée. C’est un effet papillon inattendu de la crise des subprimes. On parle d’indice de référence du Bonheur National Brut. Il se pourrait bien, au fond, que les designers en soient des activateurs inattendus. Voici de quoi nous redonner confiance et moral et d’ouvrir de nouvelles perspectives pour l’ensemble de nos métiers.

/crédit photos/ W&Cie/ / rapport annuel Havas

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