La couleur repose sur deux grands principes

Posted on 2 novembre 2009

EST-CE QU’IL Y A DES GRANDS PRINCIPES SUR LA COULEUR ?

Oui, absolument. En fait la couleur repose sur deux grands principes. Le premier,  Sa naturalité. La couleur, ce sont des pigments, de la matière qui la compose et de la lumière qui la met en valeur. Elle pré existe à l’homme. L’autre grand principe logique est que cette couleur existe de façon sociétale. En occident on s’est d’abord basé sur le système newtonien de sept couleurs issues de l’arc-en-ciel. Aujourd’hui on serait plus sur un système indo oriental qui serait composé de onze couleurs. L’orient, s’appuie sur un système de quatre couleurs principales, le rouge, le bleu, le vert, le jaune et sur deux non couleurs : le blanc et le noir. Mais, moi, ce qui m’intéresse, c’est la couleur dans son aspect primitif. C’est-à-dire quand la couleur s’exprime, de comprendre comment elle parle aux émotions ? Et ça, n’est pas qualifiable parce que chaque individu est globalement différent. La première des grandes novations que nous avons fait émerger c’est que la couleur fonctionne selon trois cycles. Un cycle long avec deux métacouleurs, le blanc et le noir qui fonctionnent chacune selon un cycle de 5 à 7 ans. Ce sont des cycles changeants qui se bousculent en permanence. D’un point de vue histoire de l’art, le blanc est la couleur du classique car pour être signifié, le blanc a besoin d’une ligne qui souligne un volume blanc et qui crée sa limite. Le noir est la couleur du baroque, parce que pour créer le noir, il faut créer quelque chose autour du noir. Actuellement, on sort d’un cycle blanc et on va vers un cycle noir. Un cycle moyen que moi j’appelle cycle de tendance, qui dure en général un ou deux ans. Ce cycle moyen fonctionne sur une sorte d’envie sociétale, la sérénité, l’envie d’avoir un peu de bonheur dans la vie, la transparence… qui entraîne l’émergence de couleurs, un violet, un jaune, un rose… Enfin un cycle court qui est le cycle de la mode, qui dure en général six mois, et est lancé par les créateurs, par les magazines, par les cabinets de tendance. Et je fais une différence entre les trois cycles parce qu’aujourd’hui quand on parle de tendance on parle de mode et pas de la vraie tendance. Or, pour nous, designers, la tendance, c’est ce qui va permettre une intervention plus longue.

QU’EST-CE QUE LA COULEUR PEUT APPORTER DANS NOS INTERIEURS ?

Une fonction « miroir » qui est extrêmement importante. Aujourd’hui, ce qui apparaît de façon très forte c’est que les gens souhaitent quelque chose qui soit « à la carte ». Chacun souhaite que l’objet qu’il achète, donne le sentiment d’avoir été fait pour lui. La fonction miroir réunit trois éléments. Une fonction d’individualisation, le fameux « ça me ressemble ». Je regarde un objet, je regarde une couleur et j’ai le sentiment que cet objet ou cette couleur me ressemble. C’est d’autant plus fort pour une couleur que la palette est quasiment infinie. Ensuite une fonction à la carte : le « je veux que ce soit fait pour moi » et enfin une fonction de sexualisation le « je veux que ça me ressemble en tant qu’être sexué ». Si la couleur ne répond pas à ça, on est automatiquement en dysphorie. Alors que l’on est en empathie, quand la couleur renvoie à ces trois choses-là. C’est aussi pour ça qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises couleurs ; il y a juste des couleurs qui renvoient à cette fonction miroir, à qui l’on est, et à l’émotion  éprouvée. On est ici purement sur le registre de l’émotion.

LA COULEUR EST-ELLE TRAVAILLEE AUJOURD’HUI DIFFEREMMENT ?

Oui, je pense qu’on est dans quelque chose de beaucoup plus subtil. On se permet des choses. Avant, il était hors de question que certains rapprochements de couleur se fassent. Aujourd’hui il n’y a plus aucun interdit. Ainsi, il y avait des couleurs comme le noir ou le violet, des couleurs qui symbolisaient la transgression et l’interdit, et qui aujourd’hui ne sont plus du tout connotées dans ce registre-là. Toutefois, il reste une couleur qui est considérée comme difficile et qui pose encore problème, c’est le jaune. Le jaune reste la couleur de la stigmatisation, de l’ostracisme. Mais je pense que dans un ou deux ans, cette couleur-là va apparaître majoritairement sur le marché par le biais de l’automobile. Si l’automobile ne s’y est pas encore engouffrée, c’est parce que toutes les couleurs utilisées sont à base d’eau et que le jaune ne restait pas jaune. Visiblement elle a réussi à régler ce problème. Alors dès que l’automobile va se lancer dans le jaune, tout le monde va s’y engouffrer fortement. C’est la dernière couleur qui reste encore à faire émerger. Et à par elle toutes les couleurs sont revenues cycliquement. Il y a des couleurs qui étrangement se sont transformées. Par exemple, le vert, qui a été longtemps la couleur associée à la nature. Aujourd’hui il ne l’est plus et le vert n’est plus non plus la couleur de l’écologie.

Entretien conduit par Yves Mirande, pour le Livre de Tony Lemale, “Coatching d’intérieur“, édition Eyrolles – 2006

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