Pour une pensée globale

Posted on 1 février 2010

De ses créations pour Habitat, il y a près de dix ans, à un hôtel dans le quartier de l’Opéra, Claudio Colucci s’est surtout fait connaître par son travail avec les Radi Designers ovni du design.  Des formes improbables et une distance par rapport à la rationalité. Si il aime “dissocier fonction et aspect“, il créé des objets ou des lieux qui seront vraiment utilisés.

cooperative design : LA CONCEPTION D’UNE CHAISE EST-IL TOUJOURS LE PASSAGE OBLIGE POUR LE DESIGN ?

Effectivement, je pense que c?est une étape indispensable pour un designer ; c’est un peu comme une madeleine pour un pâtissier. Cet exercice est à la fois simple et très complexe. “Tout a été fait, mais tout reste à faire également“. Tôt ou tard, tous les designers dessinent une chaise, qu’elle soit inspirée d’un modèle ou d’un savoir-faire classique ou au contraire d’un style contemporain avec des nouvelles qualités ergonomiques, de nouvelles prouesses technologiques : c’est un exercice toujours passionnant. Il y aura toujours de nouvelles chaises qui marqueront le Design, car les chaises sont un peu le reflet de l’histoire du monde et des civilisations.

cd : AVEZ-VOUS DÉJÀ CONCUE VOTRE « CHAISE » ?

J’ai déjà dessiné beaucoup de chaises : pour des éditeurs, pour des lieux spécifiques (restaurant ou hôtel) ou encore plus récemment, une chaise transformée en espace kiosque, l’Ice Lounge Space pour Mövenpick: une ergonomie innovante pour une cérémonie revisitée de la dégustation de glaces. J’aime re-interroger les usages et les gestes du quotidien pour proposer, à travers mes créations, de nouvelles expériences autour des qualités d’une chaise. Par exemple, au Japon, il est encore d’usage de s’asseoir sur des tatamis à même le sol, pour partager un repas autour d’une table basse. Il y a donc entre l’Occident et l’Asie, des niveaux de conforts très opposés. J’ai imaginé une chaise à mi-chemin entre ces deux cultures, comme un tatami en lévitation (CF Tatami Chair). J’ai également imaginé des chaises mutantes qui sont le détournement de mobilier existant. Elles interrogent l?icône même de la chaise et de son confort (CF Mutant Chairs).

En bref, “MA chaise“ est une histoire à suivre !

cd : QU’EST-CE QUE LA MATURITÉ DANS VOTRE PRATIQUE, ET QUELS EN SONT LES SIGNES ?

Savoir dire non au bon moment. Je crains de ne pas encore avoir cette maturité !

cd : LE DESIGN EST-IL UNE QUESTION D’ECHELLE ?

Oui, absolument. Aujourd’hui, plus que jamais, notre planète a besoin d’une pensée globale du design. Il ne s’agit plus de dessiner de belles carrosseries pour l’automobile ou encore les produits ménagers… Le design est un champ qui couvre l’étude des besoins, non pas à l’échelle de  l’objet mais de la ville, du territoire physique mais aussi de l’espace virtuel puisque celui-ci n’est accessible que par une interface. Le métier de designer s’est transformé très rapidement et s’est rapproché de l’esthétique industrielle pour devenir une discipline en étroite relation avec les sciences humaines. Aujourd’hui, la pratique du design est donc très proche de l’urbanisme, elle recouvre l’ensemble des activités humaines en vue d’une meilleure harmonie des usages et du bien-être des utilisateurs.

Le design est d’abord un scénario de vie avant d’être un produit.

cd : QU’EST-CE QUI FAIT COURIR CLAUDIO COLLUCI ?

Ce qui me fait courir et avancer, ce sont les histoires, les voyages, les aventures, les horizons lointains, les défis, l’inconnu, les croisements improbables, les rencontres avec des artisans, les styles de vie différents, des voyages imaginaires, la découverte du monde… J’aime chercher  l’émerveillement dans le quotidien, les contradictions et j’essaie de retranscrire tout cela dans mes créations.

cd : EXISTE T-IL UN DESIGN UTOPISTE ?

Le design n’est qu’une question d’utopie, avec, pour chaque designer selon son époque, des moments plus ou moins contemporains ou avant-gardistes pour leurs créations.

cd : VOUS INSCRIVEZ-VOUS DANS UN ÉCOSYSTÈME ?

A la fois, tout et rien n’a changé. Nous retrouvons aujourd’hui les écosystèmes dont vous parlez ; pour ne citer que les frères Bouroullec avec Vitra, Patricia Urquiola avec Moroso, MUJI avec Fukasawa ou encore Starck et XO. Ce qui a vraiment changé aujourd’hui, c’est la vitesse et le champ d’action de ces écosystèmes auxquels s’ajoute un moteur industriel sans limite. Nous sommes, assis bien au chaud dans notre village, aux commandes du monde

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