Maastrich – Maastrich – gare à la spéculation !

Posted on 12 mars 2010

Avant Maastricht il y a d’abord Liège et son extraordinaire gare dessinée par Santiago Calatrava Valls (et les ponts qui l’entourent).

Disproportionnée, sa blancheur métallique et ses envolées de tubes coudés donne l’impression d’avoir des ailes dès la descente du train. On se sent transporté dans un univers de science fiction. Je laisse le grand vaisseau blanc derrière moi et m’engouffre dans un bus en direction de Tefaf.

Je vais découvrir que deux univers s’y côtoient, mais ne se mélangent pas. Celui du vernissage avec sa très chic clientèle internationale, hommes cravatés et femmes décolletés  déambulant avec élégance dans les allées couvertes de fleurs où des serveurs s’activent : petits fours, champagne et huitres à l’encan. Et puis le lendemain celui où monsieur et madame “presque tout le monde“ venant visiter le plus beau musée provisoire en Europe… en peinture ancienne. La crise connaît pas, s’enorgueillit la Tefaf. 171 jets privés se sont posés à Maastricht pendant la semaine dont 82 uniquement pour le vernissage, avec retour remarqué des acheteurs américains.

Mais qu’est ce qui attire donc tous les plus grands collectionneurs du monde à Maastricht ?

La qualité des pièces, le sens du sublime.

Ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir un Gauguin inconnu jusqu’alors, un Modigliani jamais passé en vente (décevant cependant), le fameux cochon de Damien Hirst (à 12 millions d’euros quand même) qui fut le premier d’une série aux prix hallucinants, le somptueux lit de Talleyrand et… Mais ce en quoi la Tefaf excelle c’est la peinture hollandaise du 15e et 16e siècle. Il faut dire qu’une grande partie du salon lui est consacrée. On y trouve tous les plus grands de l’école flamande. Mais il y a aussi ces petits maitres qui peignent la vie de tous les jours avec des attendrissements touchants, ces regards sur ces femmes aimées ou ces enfants espiègles qui dévorent le bonheur à pleines dents.  La partie meubles, objets et bijoux, est éblouissante, avec des pierres dignes du Topkapi.

En revanche, la peinture contemporaine n’est pas le fort de la Tefaf. On y trouve des grands peintres modernes mais pas d’œuvres exceptionnelles, pas de Lucien Freud, quelques Soulages ou Dubuffet bien sûr mais déjà vus à la Fiac. Ou encore ce tableau de Vasarely vu et revu en galerie ou dans les expositions parisiennes et qui ne trouve pas preneur.

Heureusement la Tefaf connaît bien l’air du temps. Elle a développé cette année la partie dessins sur papier et photos dont les prix montent en ce moment. J’y ai remarqué un ensemble de 22 lithographies de Toulouse-Lautrec et Ibels ainsi que 2 sublimes estampes de Hashiguchi Goyô. Les prix encore raisonnables de ces œuvres incitent de plus en plus de collectionneurs à se tourner vers eux. La foire démontre s’il en est besoin qu’en période de crise l’art est souvent une valeur  refuge. Il n’est donc pas surprenant qu’avec ses 72,500 visiteurs elle enregistre une fréquentation en progression de 7%. Mais gare au risque de bulle comme cela s’est passé dans les années 90 car l’art se venge des spéculateurs..

Venu spécialement à Maastrich pour voir la partie Design j’en suis revenu déçu : elle n’a de design que le nom, antiquité du meuble lui irait mieux. Il ne s’agit que de meubles des années 40 à 70 dont la plupart ont déjà été vus dans les galeries parisiennes. Aucune création de designer contemporain. Il reste beaucoup de travail à faire pour amener la section design au niveau du reste de la foire car le second marché du design a grandement besoin de la puissance et de la qualité de la Tefaf pour acquérir une cote internationale (en dehors des salles des ventes).

/The « Hoeg Brögk », photo credit: VVV Maastricht – Studiopress  le pont sur la rivière Maas, Maastricht /nickelled brass – Hampi – Martine Bedin /2006 – Pierre Marie Giraud /RK Lounge by Krueck & Sexton Circa 1987 – Sebastian + Barquet

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