La chaise est l’unité de base du design

Posted on 8 avril 2010

“Les atouts de la France, ce sont les meilleurs marchands du monde et un goût unique“ si à ces deux qualités s’ajoute celle de découvreur de talents, voici tracé le portrait de Ymer et Malta. Jolie anagramme, jeu de personnalité, pour ce nouveau duo aux ambitions fortes : découvrir les “Stars du design de demain“, Cédric Ragot, Normal Studio et Benjamin Graindorge sont déjà présent… Un beau démarrage qui s’inscrit dans la droite ligne des éditeurs de mobilier français de Ligne Roset en allant jusqu’à Moustache en passant par Kréo.

cooperative design : LA CONCEPTION D’UNE CHAISE EST-IL TOUJOURS LE PASSAGE OBLIGE POUR LE DESIGN ?

Alexandre Devals : La chaise est l’unité de base du design. C’est à la fois un des objets qui correspond à une des fonctions les plus élémentaires : s’asseoir ; et l’un de ceux par lesquels les styles se manifestent. Chaque époque a son siège : Louis XV, Louis XVI, Biedermeier… et lorsque les architectes modernistes ont dessiné du mobilier, ils ont décliné de nouveaux modèles de chaises : la zig-zag de Rietveld, la Wassily de Breuer, la Barcelona de Mies van der Rohe sont aussi des emblêmes d’une époque. Avec Charlotte Perriand et Pierre Jeanneret, Le Corbusier en a fait une “machine à s’asseoir“.

L’exposition “les assises du siège contemporain“ en 1968 est l’une des expositions fortes du design au musée des arts décoratifs. Celle-ci présentait toute la diversité de la création depuis l’après-guerre: de la chaise tulipe de Saarinen aux tubes de Joe Colombo. Nouvelle époque, nouvelles techniques, nouveau style et nouvelles chaises. Ces dernières années encore, les chaises se placent parmi les créations les plus remarquables, Ron Arad en a fait son objet fétiche, Cédric Ragot en dessinant La Chose a créé un objet emblématique de notre époque.

AVEZ-VOUS DÉJÀ CONCUE VOTRE « CHAISE » ?

Valérie Maltaverne : Nous avons été amenés à produire des tabourets avec Cédric Ragot. Cédric a dessiné La chose en 2003 : il s’agit d’un tabouret à la forme biomorphique, qui évoque un animal tripode. Le dessin reprend l’image d’un gêne animal et la modélise en 3 dimensions en nous donnant à voir l’infiniment petit. Cédric est passionné par la science et les possibilités formelles qu’elle contient. Je trouve cette forme fascinante. Tout en étant acéphale, elle cristallise notre conception inconsciente du vivant. Nous avons décliné ce tabouret en finitions miroir : rouge, argenté et doré, ce qui accentue l’idée de mouvement de ce petit animal. Nous avons également produit en 2008 le tabouret Bone, toujours de Cédric Ragot : un très bel objet, d’une grande pureté. Son design évoque à mi-chemin les sièges africains et les appuie-têtes japonais. Dans les années 1910, Pierre Legrain et Marcel Coard avaient repris les modèles de sièges curules et en avaient fait les archétypes du siège moderne. La version de Cédric ajoute des subtilités. Elle est composée de deux matériaux : un piètement en chêne et une assise en béton Ductal® ou en marbre. Le piètement en bois clair allège visuellement la structure du siège. Les deux parties s’emboitent par un système de queue d’aronde, unité de base de l’assemblage dans l’ébénisterie française. Contrairement aux perceptions premières du Bone, il ne faut pas rechercher l’origine de son dessin en Afrique ou au Japon. C’est la queue d’aronde qui dessine son profil et laisse apparaitre sa structure. Benjamin Graindorge et Normal Studio avec qui nous travaillons depuis peu de temps ne nous ont pas encore proposés de chaises. Projets à suivre !

QU’EST-CE QUE LA MATURITÉ DANS VOTRE PRATIQUE, ET QUELS EN SONT LES SIGNES ?

AD La maturité, nous l’acquerrons peu à peu. Valérie Maltaverne vient du monde de l’audiovisuel, lorsqu’elle a créé YMER&MALTA* avec Rémy Le Fur, elle a avancé à tâtons avec une volonté de fer conservée de son expérience de productrice et avec un poulain hyper talentueux : Cédric Ragot. Les trois dernières années ont été un dialogue permanent pour trouver sa voie par la dialectique. C’est la maturité qui lui a permis de savoir dans quelle direction aller et d’intégrer Benjamin Graindorge et Normal Studio : trois designers qui apportent leur singularité tout en construisant la cohérence de la galerie.

GRAPHISME, OBJET, ARCHITECTURE, URBANISME, LE DESIGN EST-IL UNE QUESTION D’ECHELLE ?

AD : Non – Oui, et vice-versa.

QU’EST-CE QUI VOUS FAIT COURIR ?

VM : Ce qui me fait courir, c’est le plaisir de produire des designers de talent qui sont aussi de belles personnes, de mettre au jour leurs personnalités à travers leurs objets. C’est la construction d’un environnement épuré en équilibre entre le rationnel et la poésie. Mais l’édition, c’est de l’endurance, nous sommes en sprint permanent, ce qui nous fait tenir c’est l’envie.

Y A T-IL UN DESIGN UTOPISTE ?

AD :Il y a un design utopiste qui n’est pas tout le design. L’utopie qui est née avec le design, c’est une recherche de la fonctionnalité absolue et les conditions pour la partager avec le plus grand nombre, notamment grâce à des matériaux industriels peu couteux : l’acier tubulaire ou le plastique. Aujourd’hui ces idéaux ne constituent plus les vrais enjeux du design. D’ailleurs YMER&MALTA ne produit que des pièces en séries limitées par la complexité de leur production. L’utopie du design c’est avant tout de proposer un environnement qui répond et anticipe les préoccupations de son époque.

VOUS INSCRIVEZ-VOUS DANS UN ÉCOSYSTÈME ?

AD : Les couples créateurs ont toujours existé. Aujourd’hui encore, il y a les frères Bouroullec, les frères Campana ou le duo Normal Studio que nous éditons, qui sera exposé au mois d’avril au musée des arts décoratifs et qui est constitué de deux designers: Eloi Chafai et Jean-François Dingjian dont les personnalités se nourrissent et se complètent.

VM :Pour ma part, dans ma carrière dans le cinéma comme dans le design, j’ai toujours cherché à créer des familles de gens soudés, unis par des affinités professionnelles et amicales. Cette famille qui maintient comme un socle est d’autant plus importante dans les milieux difficiles comme celui du design et plus encore du marché de l’art.

*Créée par Rémy Le Fur et Valérie Maltaverne, la galerie de design Ymer&Malta est née de la fusion de deux talents exercés depuis plus de 20 ans dans le monde de l’Art et dans la production audiovisuelle et de leur passion commune : le Design. Réunis pour éditer, en série limitée, une sélection d’objets et de mobilier de jeunes designers, leur regard aiguisé et exigeant pousse à la plus grande perfection pour des collectionneurs soucieux de découvrir des pièces rares de futures stars françaises du design.

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