Eric Denis®cooperativedesign

Sans langue de bois

Posted on 10 avril 2010

Le  constat : féroce ou lucide ? Pour la Fédi Rhône-Alpes et son président Eric Denis*, le métier est aujourd’hui complètement atomisé, il n’y a pas assez d’entreprises de design d’envergure et leur lisibilité est faible.

Cette myriade de petites agences ou d’indépendants économiquement fragiles ne fait qu’accentuer la perception du métier de designer comme un métier d’artiste et non comme un métier pour et par des entrepreneurs. “Un indépendant aussi bon soit ‘il  avec le meilleur réseau autour de lui, ne peut pas construire une offre spécifique, apporter à chaque projet des solutions design adaptées, sans l’appui d’une équipe multi compétente qui constitue (théoriquement) toute agence de design“. Pour Eric Denis, au delà de la crise économique, état permanent depuis plus de 10 ans, il y a deux facteurs importants dans cette paupérisation des agences : le rôle des établissements de formation et celui des entreprises.

“Trop de BTS sont de moins en moins adaptés aux agences moyennes et travaillent directement avec des PME“. Si ces jeunes professionnels ont une vision plus large de l’entreprise, ils ont perdu des compétences techniques qui assoient le métier et font que les agences les prennent plus volontiers en stage et les gardent pour les former.

Cette vision sans doute plus large des problématiques rend ces jeunes BTS plus sensibles aux sirènes du design intégré. Les designers managers en entreprises les feront travailler sur une palette plus large de travaux, mais souvent à vil prix. Les PME sans design intégré vont les embaucher ou même les faire travailler en fonction externalisée, alors qu’ils ont peu d’expérience. Cette situation peut être intéressante pour un jeune professionnel, mais c’est une vision a minima de l’exercice de son métier qui n’est pas porteuse de développement.

Cet état de fait contribue à la multiplication des structures unipersonnelles, ne fait pas progresser la valeur ajoutée du métier et assèche les agences. Pour  Eric Denis, travailler à  développer et structurer le métier de designer et les agences de design est une nécessité absolue.

Quelles approches, actions pour le syndicat ?

Il s’agit donc pour le syndicat dans un premier temps, de faciliter le rapprochement des métiers et des structures. La Fédi Rhône-Alpes se veut d’abord au service des métiers du design pour les industriels, les entreprises et non pas seulement du design industriel.

Le premier mouvement du programme a été de s’ouvrir aux autres métiers et régions pour se parler, échanger, et essayer de construire du nouveau.  La Fédi Rhône-Alpes y a gagné de nouveaux adhérents d’horizons divers, ergonomes, anthropologues, graphistes etc….. de nouveaux partenaires potentiels. Elle a aussi mieux positionné les acteurs  de la profession, leurs valeurs, leurs centres d’intérêts et leurs moyens.

Le deuxième mouvement concerne les actions vers (avec) les pouvoirs publics, déléguées à Joseph Mazoyer (Agence DO – Lyon). Le syndicat a engagé un travail en profondeur avec la DGCIS (ministère de l’industrie) pour que les agences aient accès à des aides qui facilitent leur développement. La position du syndicat n’est pas de subventionner les agences ou de faire financer leur prospection par des aides, mais au moins de bénéficier des aides accessibles aux entreprises, comme le crédit impôt recherche par exemple, accordé aux BE techniques et pas encore aux designers.

Il s’agira aussi de mieux tirer parti de l’engouement des pouvoirs publics régionaux, locaux pour le design. Si l’on demande aux designers de témoigner, d’être présents dans des organisations régionales, bien souvent les parties prenantes n’ont aucune idée concrète pour donner du grain à moudre aux designers, c’est à eux qu’il revient de proposer des projets, des programmes pour rentabiliser cette promotion qui reste encore trop stérile pour la profession.

Pour Eric Denis ce sont des premières actions de base, il faut travailler encore avec les écoles, les agences et les clients à (re)donner de la consistance aux métiers du design et à ses entreprises.

N’est pas un bon point de départ pour créer une filière Design ?

*Eric Denis est depuis un an le président de la Fédi Rhône-Alpes. Le bon moment pour lui demander de nous décrire un peu sa vision du métier au travers des activités que le syndicat mène. Eric Denis est gérant de la structure de design industriel EDDS qu’il anime depuis 7 ans. Diplômé de  l’ESDI, il exerce son métier depuis 15 années en Rhône-Alpes, région et métier pour lesquels il a toujours montré un militantisme sans faille S’appuyant sur le solide travail de fond des présidences passées (déontologie, pratiques, outils pour des prestations de qualité ….), la politique de la Fédi Rhône-Alpes est de travailler à construire le métier, seul véritable enjeu d’aujourd’hui pour les designers.

/ Marie Marguerite Gabillard, Lyon le 30 avril 2010

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