Les rapports intimes des 1er et 9ème arts

Posted on 28 juin 2010

La ville fascine les auteurs de bande dessinée. Certains, comme François Schuiten, en font la source première de leur inspiration, la plupart l’utilisent comme un cadre, un décor, véhiculant à la fois leur perception de la ville contemporaine et leurs rêves de villes meilleures. La “Ville dessinée“ constitue une source d’inspiration inépuisable et offre autant d’utopies architecturales de papier. “C’est dire les affinités profondes qui existent entre l’auteur de bande dessinée et l’architecte qui, lui aussi, dessine la ville avant de la construire… Tous deux ont en partage une vision urbaine“.*

Le propos de l’exposition est de donner à voir comment est traité le champ de la représentation de la matière construite, cette substance urbaine, comment les auteurs et les architectes se croisent, se répondent parfois. Ou comment pour construire des architectures de rêves ou du futur le cinéma, art reconnu depuis longtemps, se ressource directement auprès de l’univers de la bande dessinée quand il s’empare de la ville (Luc Besson /Moebius et Jean-Claude Mézières pour le 5e élément) ou en marquant clairement une proximité dans une utilisation conforme comme le groupe d’architectes libertaires Archigram**.

Issue de cette logique d’allers-retours entre l’architecture et la bande dessinée, certains bâtiments n’ont plus peur de jouer avec la forme et le public peut penser qu’ils sont issus du monde de la bande dessinée (cf. tour d’Euralille de Portzamparc, décentrée sur une jambe, l’immeuble très sculptural réalisé par Borel sur les hauteurs de Ménilmontant, etc). À cette proximité s’ajoutent les musées à ciel ouvert que sont Casablanca, Miami South Beach, Tel Aviv ou Brasilia, le Hâvre ou encore l’Atomium de l’expo de 1958 à Bruxelles***. Mais hors du champ des villes utopique, la BD s’attache à représenter aussi la ville quotidienne : des quartiers calmes ou “lointains“ de Taniguchi à la banlieue de Jean Teulé, de Frank Margerin, Tramber et Jano ou Marc Villard ou Thierry Jonquet. D’une approche à l’évidence plus politique, plus radicale qui s’oppose à la banlieue du pavillonnaire avec les maisons en meulière et les jardins ouvriers dessinée par Jacques Tardi en illustration de Céline. Car la ville est aussi l’héroïne de certains albums: n’oublions pas “Cité de Verre“ de David Mazzucchelli inspiré du livre éponyme de Paul Auters ou “La ville qui n’existait pas“ album magistral de Bilal avant la Femme Piège ou encore “la Maison Dieu“ de David Hulet, sans oublier les “Pirates du Silence“ de Franquin avant Gaston. La liste serait longue de tous ces romans graphiques offrant une vision nouvelle de notre ordinaire ou une retranscription de nos rêves. mais comme le rappelle Jean-Marc Thévenet : “Ce sont 350 oeuvres qui sont présentées, sans souci d’exhaustivité ou de vision encyclopédique du sujet“****.

Cette exposition, qui met en regard le premier des arts avec le 9e, montre que la bande dessinée a décidément acquis non seulement ses lettres de noblesse, mais droit de cité, alors à quand une expo Design et BD ?

*Frédéric Mitterrand, Ministre de la Culture et de la Communication **Avec la naissance de la bande dessinée dite adulte une retranscription contemporaine de l’esprit de l’utopie avec Philippe Druillet, Mézières, Moebius ou Schuiten. Le pendant de d’Archigram ou de Yona Friedman. Aujourd’ui la ville c’est Dupuy-Berberian, Tardi, Jean-Claude Denis, Will Eisner, Vittorio Giardino, Yves Chaland, Ted Benoit, Floc’h, François Rivière, Frédéric Bézian, Philippe Bertrand, François Schuiten, Simone Bucher, Philippe Druillet, Alex Varenne, Mezzo et Pirus, Chantal Montellier, André Juillard, Jacques Ferrande, François Avril, Pascal Rabaté, Jacques De Loustal, Lorenzo Mattotti et tant d’autres.***En 1958, à la suite d’André Franquin, Will, Tillieux, en réinterprétant les signes caractéristiques de la modernité tels le mobilier design, la voiture ou le pavillon de banlieue, développent une esthétique qui constitue une forme de manifeste plastique.*****Propos recueillis par Sophie Trelcat
/Par Frédéri/c Rossi-Liegibel /copyrigth Nicolas de Crécy

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