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Le corps est un instrument et l’année est espagnole

Posted on 12 août 2010

Après les succès sportifs à répétition – le moment est bien choisi pour revenir sur le design ibère, le déclencheur, c’est le temps suspendu que nous a proposé dans le cadre des Quartiers d’Été Rocío Molina dans son Oro Viejo.

“Sur scène, je deviens intouchable. Le public aime ou non, c’est son choix, il peut se lever et partir. Moi, je fais ce dont j’ai envie.”

À quoi rêve une jeune danseuse ? à la vieillesse, à la solitude, à la perte des amours. Pour préparer Oro viejo, Rocío Molina* s’est d’abord engagée dans une période d’exploration. “J’ai commencé à observer les gens âgés dans la rue. Avant, je n’y faisais pas attention. Je voulais ressentir ce qu’ils ressentaient. J’ai mis de vieux habits, j’ai caché mon visage dans des écharpes, je me suis assise sur les bancs dans les parcs, et j’ai ralenti mon pas dans les rues. Et là, j’ai remarqué que personne ne me voyait plus. Depuis, je vois les choses différemment. Les jeunes passent leur temps à courir. Ils avalent le temps.” Le résultat est un spectacle plein d’audace, qui navigue entre le passé et l’avenir.

Cette audace ce bouleversement des codes c’est ce que nous propose Jaime Hayon** depuis quelques années et avant lui Patricia Urquiola***. Ovnis dans le paysage du design si bien réglé. Ils offrent une révélation artistique est un bouleversement des habitudes. En effet, pour incarner le renouveau du design ultra pyrénéen et l’imposer sur la scène mondiale ils font preuve d’une virtuosité époustouflante, mise au service de créations atypiques. Comme Rocío Molina ils font dialoguer présent et passé, dans le désir de vivre pleinement l’instant. “Le temps ne passe pas, nous seuls passons” – cette phrase d’Igor Stravinsky pourrait servir d’exergue à ce mouvement, mélange d’humour et de mélancolie. Le public est conquis pour ces créations à la frontière du kitsch, les industriels du meuble aussi. A croire que le fantastique agit comme un remède à l’uniformisation ambiante.

Une chose est sûre : il est difficile de rester indifférent : on aime ou on déteste,c’est bien l’une des raisons de leurs succès. Une écriture très personnelle, loin des modes.

*Rocío Molina est née à Málaga, la ville de gloires flamencas de la fin du XIXe siècle, comme Juan Breva, La Trini, ou El Canario. Son père est cuisinier sur un bateau de pêche ; sa mère, qui a arrêté à 19 ans sa carrière de danseuse classique à l’opéra de Bruxelles. À 13 ans, elle part pour Madrid, y intègre le conservatoire – dont elle sort avec les honneurs – puis s’en va étudier à Granada, à Séville à Jerez, puis fonde, à 19 ans seulement, sa propre compagnie.

**Jaime Hayon, 35 ans, incarne une génération qui revendique le retour au style comme une signature unique et singulière. Il affiche à son palmarès une rétrospective (à la Biennale de design de Courtrai, en Belgique, dont il était en octobre l’invité d’honneur) et une monographie parue il y a quelques mois chez l’éditeur allemand Gestalte. Histoire de saluer le début d’une carrière solo commencée il y a seulement cinq ans. Joli parcours.

***Après une formation d’architecture à l’Université de Madrid, Patricia Urquiola étudie à l’École polytechnique de Milan où elle soutient sa thèse sous la direction d’Achille Castiglioni. Elle devient assistante de conférences d’Achille Castiglioni et d’Eugenio Bettinelli de 1990 à 1992. Elle enseigne à la même époque à l’ENSCI de Paris. De 1990 à 1996, elle est du développement chez De Padova. En 1996, elle dirige le groupe de design associé Lissoni. En 2001, elle fonde son propre studio à Milan. Plusieurs de ses œuvres font partie des collections du MoMA.

/Par Frédéric Rossi-Liegibel/  Légende : /Image de gauche /Tropicalia /Patricia Urquiola /Copyright©2010 /Moroso SpA, Italy /image de droite /Agathe Poupeney©PhotoScene.fr //musique /Rocio Jurado /El Amor Tiene Tres Puertas (Granaína), tout droit respecté, morceau acheté via iTunes.

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