
Entre nos mains, le très beau film de Mariana Otero sort dans les salles de cinéma. Il parle d’un groupe d’ouvrières d’une entreprise de lingerie en dépôt de bilan qui a tenté une reprise en SCOP. C’est très fin, parfois drôle, souvent émouvant.
De quoi parle le documentaire ?
Confronté à la faillite de leur entreprise, des salariés tentent de la reprendre sous forme de coopérative. Au fur et à mesure que leur projet prend forme, ils se heurtent à leur patron et à la réalité du marché. L’entreprise devient alors une sorte de théâtre où se jouent des questions fondamentales économiques et sociales. Ce film fait beaucoup penser à « Le crime de Mr Lange » fait par Jean Renoir qui traite d’un sujet très similaire. Il pose, 60 ans plus tard la même question: A qui appartient une entreprise? Au patron ou aux employés?
Dans une entreprise capitaliste traditionnelle, le pouvoir appartient au capital et est proportionnel à sa répartition. Dans une coopérative, chaque personne possède 1 voix. Ce film pose en fait deux questions très politiques.
Doit on rendre le pouvoir aux acteurs de l’entreprise à la place des investisseurs? Ce qui revient à se demander si l’on doit privilégier les investissements à long terme au lieu de procéder à une distribution rapide de dividendes comme le font très souvent les investisseurs afin de récupérer au plus vite les sommes investies.
Doit on donner la priorité à l’humain plutôt qu’au capital qui a tendance à faire des salariés la principale variable d’ajustement en cas de crise économique?
En suivant les péripéties de cette entreprise on se rend compte que l’économie reprend vite ses droits et détruit les rêves et les utopies. Un gros client qui part, un banquier qui prend peur et refuse les prêts indispensables à l’entreprise pour qu’elle puisse survivre et se profile la liquidation prononcée par le tribunal. Le film nous montre qu’une coopérative est donc soumise aux mêmes problèmes de gestion et de rentabilité que n’importe quelle autre société et que la transformation d’une S.A. en coopérative n’évite pas les faillites.
Un autre problème est également soulevé par Mariana Otero : l’opposition entre “intérêt collectif“ et “intérêt particulier“.
Là aussi, on se rend compte que ces 2 formes d’intérêt sont fondamentalement antinomiques. La création d’une Scop pourrait peut être sauver l’entreprise mais il faut trouver de l’argent. On découvre toutes les raisons qu’ont certains de ne pas tenter l’aventure, de ne pas prendre de risque. On découvre également qu’être entrepreneur n’est finalement pas à la portée de tout le monde et que pour certains, souvent pour des raisons qui semblent justes, le particulier prend le pas sur le collectif.
Mariana Otero n’impose aucunes réponses aux questions posées mais avec finesse elle nous donne toutes les données du problème afin que nous puissions chacun y trouver nos propres réponses.
/Par Marc Kelman/ image Mariana Otero® Entrenos Mains tous droits réservés, film sorti en salle le 6 octobre 2010
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