
Alors que le XXe siècle se rétablit du chaos engendré par la première guerre mondiale, des artistes pensent, rêvent, dessinent les meubles et les objets d‘une révolution du goût. Une vision émerge, mélange d’aspirations sociale et politique et reflet d’une société industrielle et artistique.
De Stijl, le Bauhaus ou l‘UAM s’imposent avec des matériaux simples et nouveaux en contrepoint des essences de bois exotique et autre précieux galuchat chers à l’art déco.
Autour des grands noms qui ont traversé le siècle (Breuer, Gropius, Gray, Le Corbusier, Mies van der Rohe ou Rietveld), de nombreux créateurs trouvent là l‘occasion d‘exprimer leur talent : Burkhalter, Baugniet, Damon, Félix Aublet, Adrienne Gorska et bien d’autres. C’est cet instant que les galeries Anne-Sophie Duval et Ulrich Fiedentler présentent. Pour mieux comprendre cette démarche, deux questions à Julie Blum, directrice de la Galerie.
Qu’est ce qui incite une galerie de renom comme la Galerie Anne Sophie Duval à revenir aux sources du modernisme ?
J’ai repris la galerie que ma mère avait créée il y a bientôt quarante ans et qui a toujours montré et défendu l’œuvre de grands créateurs de la période Art Déco. Au fil du temps, la réputation de la galerie s’est faite autour non seulement de la qualité du mobilier qui y était montré mais aussi autour du regard particulier que ma mère avait développé et qui la conduisait à montrer autant des artistes reconnus que des pièces plus confidentielles. Je crois que la notion de style ne l’intéressait pas trop et que le talent primait sur tout. C’est sa rigueur autant que son ouverture d’esprit qui sont sans doute à l’origine de la réputation de la galerie. J’ai été très tôt sensible au mobilier moderniste des années UAM qui a toujours été présent à la galerie (Chareau, Eileen Gray, Perriand…). Un esprit qui m’a sans doute influencé et que j’ai voulu remettre dans le contexte des influences européennes et notamment allemande décisives à l’époque. Ma rencontre avec le galeriste Ulrich Fiedler a fait le reste. Nous avons échangé nos points de vue, mesurés nos différences et conçu le projet de faire cette exposition en commun.
Quel est l’effet produit sur les acheteurs (clients) par la découverte d’artistes majeurs oubliés?
L’accueil a été excellent. Les réactions les plus vives ont porté soit sur les prototypes de pièces rééditées par la suite (chaise zigzag, wassily chair…) mais aussi sur les pièces moins connues uniques ou prototypes isolées. Notre objectif était d’élargir le contexte créatif des années vingt et trente, et de mesurer les influences réciproques des différentes cultures européennes.
Approcher d’un peu plus près ce phénomène énigmatique qu’est la modernité…
/Par Frédéric Rossi-Liegibel /Modernity in progress – Exposition à la Galerie Anne Sophie Duval – 5 quai Malaquais – 75006 Paris /image Marcel-Louis Baugniet, fauteuil, structure en métal tubulaire, tissu réalisé par l’atelier de tissage “La Cambre à Bruxelles”, 1928 /Portrait de Marcel-Louis Baugniet par Charles Leirens, 1950
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