La pratique du design est protéiforme

Posted on 9 décembre 2010

Après avoir mis son talent au service de la maison Louis Vuitton. Jean-Marc Gady impose son nom. Celui qui a fait ses armes dans l’espace, élaborant scénographies événementielles et vitrines s’est embarqué dans une autre histoire. Assiette, lampe ou vase, il fait des objets “standards“ des œuvres d’art. Il ne pouvait qu’être sensible à notre questionnaire “prendre un classique et le décliner en changeant sa géométrie, sa taille ou sa forme pour lui donner une nouvelle fonction“. Son credo : faire de beaux projets, insuffler du rêve, étonner…

LA CONCEPTION D’UNE CHAISE EST-IL TOUJOURS LE PASSAGE OBLIGE POUR LE DESIGN ?

La chaise est effectivement considérée comme l’exercice de style privilégié du designer (ce qui n’est pas mon cas, je préfère dessiner des vases, allez savoir pourquoi…). Ce meuble-objet concentre à lui seul la complexité et l’intérêt du métier de designer. La chaise est au centre de notre vie quotidienne, au bureau, à la maison, partout…elle est soumise à des contraintes intenses, des impératifs économiques qui la placent dans une réalité commerciale, de plus, chaque chaise a son fabricant qui a son propre savoir-faire. Chaque chaise véhicule des codes qui lui sont propres, culturels, historiques, bref ce type de projet nécessite de pousser tous les curseurs en même temps. c’est ce qui rend cet exercice si intéressant.

AVEZ-VOUS DÉJÀ CONCUE VOTRE CHAISE ?

« MA » chaise n’existe pas, c’est forcément la chaise d’un projet qui émane d’une demande du client. Cela dit, je suis très fier de la collection Yume pour Perrouin, un fabricant de chaises de style depuis cinq générations avec qui j’ai été mis en relation par le VIA. Sa production s’essoufflait un peu et il a voulu faire un pas vers le « DESIGN » (dont les vertus salvatrices sont reconnues mais peu usitées en France…). Cette série de chaises est en total accord avec son savoir-faire, c’est important  parce qu’il n’a pas eu à changer sa manière de faire, c’est rassurant pour un premier pas vers le contemporain.

QU’EST-CE QUE LA MATURITÉ DANS VOTRE PRATIQUE, ET QUELS EN SONT LES SIGNES?

Assez paradoxalement, je crois qu’il est plus important de vouloir prendre du plaisir dans son travail et dépenser l’énergie nécessaire pour que ce soit le plus souvent le cas que d’étaler fièrement des années d’expérience. L’expérience nous sert à aller plus vite, elle n’est en rien un signe de maturité. La pratique du design est protéiforme, c’est tout l’intérêt de cet art appliqué, en accepter ses mutations et s’avoir s’y adapter sont, je crois, des signes de cette maturité professionnelle.

GRAPHISME, OBJET, ARCHITECTURE, URBANISME, LE DESIGN EST-IL UNE QUESTION D’ECHELLE ?

A mon sens, le design n’est pas une question d’échelle, c’est une question de démarche créative, la façon dont on compose ses idées et ce qu’on met en œuvre pour qu’elles existent. Mais un designer n’est pas un architecte DPLG, ni un urbaniste, il n’est pas non plus un graphiste, mais rien ne l’empêche de s’entourer de collaborateurs qui ont ces connaissances « structurelles ». Tout projet est un projet d’équipe.

VOUS INSCRIVEZ-VOUS DANS UN ÉCOSYSTÈME ?

Si par écosystème, on comprend un ensemble d’individus inter-dépendants, alors oui, mais comme n’importe quel autre métier. Je ne conçois pas mon métier comme faisant partie d’une communauté ou confrérie particulière. Je suis particulièrement marqué par la disparition violente de notre artisanat qui s’est opéré depuis le début de la crise, le mettre en avant le plus souvent possible est un des mes impératifs, avant qu’il ne soit oublié ou ne devienne un luxe inabordable.

/Illustration – vase Amphora pour Baccarat – 2008

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