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Les fantômes marchent dans le cimetière des meubles

Posted on 12 janvier 2011

Où est passé le design suédois ? Sur ses traces j’ai arpenté La ville de Stockholm. Ici le design est partout : signalétique, mobilier, art de la table, bijoux et vêtement, tout exprime une intégration du beau dans la vie. Mais ce premier constat exprime aussi un malaise : le design tel que nous le concevons – signé par de grands noms – n’est pas compatible avec une société où sa massification est une affaire d’État. Car ici face à la rudesse du climat les objets doivent être bien conçus, solides, usuels, recyclables et échangeables. Deux lieux étaient propres à me renseigner et m’aider aussi à repérer les signatures et les icônes de demain : chez Nordiska Galleriet et Stadmission.

Ici pas de passage jour nuit, à 15 heures, c’est l’hiver, c’est nuit noire, il est tout le temps minuit ou midi.

Midi, c’est le sentiment lorsque l’on pénètre chez Nordiska Galleriet. Nord ? Non plutôt Sud, car tous les meubles exposés sont ceux de Milan, toutes les grandes signatures internationales sont présentes. Alors je fouille et c’est sur les étagères des accessoires que l’on découvre quelques signatures locales : Eva Hild, Anna Sofia Mååg, Per B Sundberg, céramiques et bijoux attirent l’oeil, mais pas de mobiliers remarquables, ni d’eclairages dommage au pays du soleil de minuit. Sauf peut-être cette ampoule vissée de manière incongrue et un socle décalé qui s’accordent pour donner naissance à une lampe provocatrice, orientée sur le côté comme si elle choisissait l’angle ou le coin qu’elle va éclairer. Les designers locaux se sont-ils noyés dans l’océan Ikéa ou rejoint les empires du luxe international, comme le danois Olafur Eliasson. Un peu triste, je prends le chemin de Stadmission.

Minuit, l’heure du passage.
En Suède, il existe « Stadmission » dans la vieille ville de Stockholm (Gamlanstan). Un pied est absent ici, la peinture se fend là, les boutons manquent, il y a un trou béant dans le côté. Avant ils étaient beaux, ils nous ont enchantés, mais là ils ne brillent plus. Des tables, des sofas, des armatures de lit, des coffre-de-tiroirs, des coffrets, des étagères, des appareils d’éclairage et d’autres articles de fourniture. Ils ont tous une chose en commun : avant ils menaient une existence malheureuse dans les greniers, sur eBay ou à la poubelle, maintenant ils sont ici! Peu de poupées de porcelaine ou de verres à liqueur. Pas non plus l’air poussiéreux de l’Armée du salut, sauf qu’ici aussi les meubles changent de mains pour quelques couronnes. Pas besoin d’être chanceux pour tomber sur une chaise d’Arne Jacobsen ou un appareil d’éclairage de Louis Poulsen et même des « vintages » de Starck. Car, dans un pays où le design s’est très tôt démocratisé, et où il y a une longue tradition des bazars et d’enchères, la probabilité de découvrir des trésors est réelle.

Dorénavant, le design scandinave est-il plus une manière de vivre, de mettre en pratique les enseignements de vie du développement durable qu’un renouvellement d’une école de design ? en allant très loin dans la conception et la massification la société suédoise semble avoir répondu : « vous qui recherchez des traces de notre héritage design cherchez dans le passé, mais si vous souhaitez voir une image d’une société post-design, regardez-nous et inspirez vous. »

/Par frédéric Rossi-Liegibel /photo – 1 Eva Hild, Loop 1054, 2006, stoneware, 29 1/2 x 27 5/8 x 29 1/8 inches, courtesy of the Swedish Institute, photograph by Patrik Johansson – 2 - licence Creative Commons

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