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Modeste, raisonnable et simple

Posted on 9 février 2011

Sismo… (Secousse) dés le départ, le nom le ton est donnė, les Sismo n’hésitent pas à bousculer les codes pour faire évoluer ce que peut le design auprès des publics et des usagers. Leur logo, un mouton qui crache du feu, illustre bien leur côté atypique et rappelle l’iconographie Moyen-Âgeuse affectionnée par Antoine Fenoglio et Frédéric Lecourt. Une sorte de blason qui porte haut les couleurs d’un duo inventif et dynamique. Créateurs industriels, commissaires d’expositions, ils développent depuis 15 ans une approche singulière du design entre design engagé et savoir-faire d’agence d’innovation.

CD : AVEZ-VOUS DEJA CONCUE VOTRE CHAISE ?

Si la chaise est l’objet emblématique du design, et peut-être plus encore du designer, nous n’avons pas conçu a proprement parler notre chaise. Pour une raison assez simple, le milieu du meuble fonctionne d’une façon qui ne convient pas tellement à nos personnalités créatives. Nous sommes beaucoup plus à l’aise dans des univers moins saturés de design, ou l’emprise du designer reste modeste ; entendre par modeste, raisonnable et simple. C’est à notre avis le cas pour nos travaux sur les objets du quotidien telle que la gourde Camping Gaz, la tasse à café Richard, la pochette de classement Viquel, la crépière pour Krampouz, etc.

CD: QU’EST CE QUE LA MATURITE DANS VOTRE PRATIQUE ET QUELS EN SONT LES SIGNES ?

La maturité de notre pratique s’est construite avec les cartographies spécifiques du design que nous avons mis en place pour faire en sorte que différents acteurs d’un projet puissent parler ensemble d’un domaine trop flou : le design. On est alors passé de la question « qu’est-ce que le design? » à « que peut le design? » La reconnaissance de nos outils, de leur pragmatisme, de leur capacité à transmettre les valeurs du design à de nombreux publics, ce fut bien sur notre exposition L’objet du design, que nous avons çonçu pour l’ouverture de la Cité du design de St Etienne. Ce fut le marqueur d’une certaine maturité des Sismo!

CD: LE DESIGN EST-IL UNE QUESTION D’ECHELLE ?

Oui le design est une question d’échelle, nous y croyons dur comme fer! Dans le très bon essais sur les neurones miroirs (Giacomo Rizzolatti, Corrado Sinigaglia, Marilène Raiola, édition Odile Jacob), il est clairement expliqué que les neurones qui s’animent pour des choses à portée de main ne sont pas du tout les mêmes que ceux qui s’animent pour tout ce qui est hors de portée. Nous défendons cette approche, centrée sur la portée de main, c’est d’ailleurs pour cela que nous refusons de faire de l’architecture d’intérieure, tant qu’aucun commanditaire n’acceptera ce postulat : ok pour concevoir un espace, mais en partant de l’échelle de la main.

CD: QU’EST-CE QUI VOUS FAIT COURIR ?

Pour nous c’est déjà le duo, travailler à deux, avec une telle osmose est une expérience humaine assez éloquante? Une expérience qui se double d’un confort précieux, celui de pouvoir compter sur l’autre, son énergie, ses envies, sa confiance, son humour, etc. Autant de valeurs portent une valeur absolument fondamentale à la pratique de ce métier : la liberté. Car pour nous le design est cette recherche plus large : comment trouver de la liberté dans des univers à fortes contraintes? (école, société, usine, marque, plan marketing… la liste est si longue!)

CD : Y A T’IL UN DESIGN UTOPISTE ?

Oui il y a du design utopiste, mais étrangement il n’est pas capable d’imposer sa pérennité comme dans l’architecture. Les recherches utopistes en design ont souvent été cantonné à des démonstrations, souvent milanaises en l’occurrence, qui souffrent d’un talon d’Achille indéniable : la faiblesse de sa crédibilité théorique et professionnelle par rapport à l’architecture. Les designers ont toujours du mal à s’établir en penseurs d’utopies et en audacieux pratiquants.

CD: VOUS INSCRIVEZ VOUS DANS UN ECOSYSTEME ?

C’est très dur d’assumer de tels écosystème aujourd’hui à notre avis, il faut lutter contre une attente forte de simplification et de « rassurance » des commanditaires, rentrer dans les cases, ne pas tout mélanger, être structurer comme une « agence ». Nous luttons pour éviter ces écueils avec quelques armes efficaces : pas plus de 10 personnes, une totale indépendance financière, des amitiés professionnelles fortes et diverses, des projets de recherche en autonomie dans des univers hors design, une prise de parole régulière (commissariat d’exposition, éditions, médiatisation, etc.) Et du coup, rien de tel pour être efficace que de ne pas avoir l’impression d’être au boulot mais de vivre une vie de rencontres et de projets.

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