Reste des interdits !

Posted on 14 mars 2011

France et Michel sont de hautes figures du milieu de la couleur. Ils pratiquent ce métier depuis très longtemps, avec des détours en Asie. Différents secteurs ont eu recours à leurs services, depuis les communes pour leurs rénovations urbaines jusqu’aux objets du quotidien. Aujourd’hui tout en continuant leurs activités de conseil, à l’heure où d’autres prennent leur retraite, ils sont dans une démarche de passage. Intégrés à tous les réseaux du design (ils sont conseils à l’APCI) ainsi qu’à ceux qui traitent de la couleur, ils ont créés et animent Adchroma, une association de promotion de la couleur, incluant chercheurs et professionnels.

Leur approche consiste à dresser un bilan des couleurs localement présentes, à les compléter, à établir une liste de recommandations. « Nous avons constaté avec le temps que notre démarche de Consultant Couleur est éco-citoyenne, durable (au sens des trois piliers du développement durable : écologie, économie, social). » Mais, est-ce que le passage se fait avec les prescripteurs ou les donneurs d’ordre ? « L’évolution des gammes chromatiques est rapide. Reste des interdits comme l’écologie auxquels s’ajoutent les limites techniques et le coût des composants ». « La tendance est, chez nous, à la neutralisation et à la réduction des teintes et associations qui s’imposent dans notre métier comme une des règles d’urbanisme ».

Une réponse, pour notre culture occidentale, résiderait peut-être dans l’équilibre entre couleurs traditionnelles (le passé) : des couleurs dites naturelles et apports technologiques vagues ou matériaux orphelins sans justification d’héritage chromatique. Mais se pose aussi une autre question : où sont les évocations, les sonorités ? Le tactile et le visuel sont devenus semble-t-il des parents pauvres.

QU’UTILISEZ VOUS COMME NUANCIER ?

Un nuancier se conçoit pour un groupe culturel sur des bases linguistiques. C’est ce qu’avait compris le Centre Suédois de la Couleur au siècle dernier, d’où est originaire le NCS. C’est pourquoi dans l’idéal, nous utilisons le NCS, mais nous sommes bien conscients que cet « outil » est peu pratiquable, son prix est un obstacle. Mais ce nuancier est la base de nos recommandations. C’est le seul qui permette une appréhension de la couleur dans sa dimension matière. Autrement nous conseillons bien sûr le RAL. Mais la différence pour nous est surtout une question « d’esprit » : le RAL se situe du « côté allemand » et le Pantone du « côté anglo-saxon », ce qui a un impact sur la créativité. En proposant des solutions matières bloquées par le référent matériaux pour l’un ou une suite de couleurs brandées, c’est une manière de penser qui est transmise par les gammes colorielles.

Le système a créer devrait permettre plus d’expression et de liberté dans les associations de couleurs et de matières, sans avoir trop à respecter les normes et les copyrights.

QUE MANQUE-T-IL ?

Rien, tout est fait (cf. dit plus haut), mais si nous avions une recommandation à formuler elle serait de tendre vers une démarche qui redonnerait du caractère à la couleur et à la matière. Les significations, les évocations, les sonorités du tactile et du visuel sont devenus des parents pauvres . Aujourd’hui, nos clients utilisent vaguement 20 % des recommandations que nous leur faisons, au mieux une gamme de blancs désaturés. Preuve est faite qu’il y a un réel écart entre la proposition, l’offre et l’usage réel qui en est fait. Il est d’ailleurs surprenant de voir que les architectes mieux formés et plus informés ne font pas un plus en grand usage des possibilités qui leur sont offertes (Michel). Autre exemple : « la lumière suit les sites géographiques » ou est « manipulée » par l’industrie générateur de « solutions électriques » qui créées un nouvel espace, au risque du dirigisme culturel. Pour moi (France) ce qu’il faudrait introduire c’est la lumière dans le nuancier. C’est la grande absente des nuanciers et c’est une réalité que l’on doit insuffler aux prescripteurs. Il manque une adhésion générale à l’aspect « lumière, matière, couleur ». Un langage serait souhaitable et non une culture esthétique brandie comme une religion. Un langage qui créerait un équilibre entre couleurs « traditionnelles » dites naturelles, apports technologiques et matériaux orphelins sans héritage chromatique », un langage qui organiserait les couleurs par familles ou en dissonance mais toujours en relation avec le matériau.

QU’EST CE QUI VOUS FAIT COURIR ?

La période actuelle est une période charnière. Une révolution technologique (green economy) entraîne une certaine abstraction. Il est encore possible de créer des flashs d’associations qui servent de contrastes, de toniques ou de supports de réflexion. La couleur est un fantasme provisoire, mais physiquement éphémère qu’il faut respirer. Deux présupposés qui nous relient à votre démarche : la perception de l’aspect coloré est une source d’informations, peu importe sa technique ; la généralisation du vocabulaire couleur et son appropriation par chacun et collectivement est un atout pour tous. Il faut poursuivre les recherches vers les couleurs lumières de provenance naturelle ou artificielle et appréhender la disparition des pigments liée à l’utilisation de la réfraction des champs électriques (écrans d’ordinateur). Il ne faut pas minimiser l’importance mercantile, consumériste liée à la couleur, elle est préjudiciable.

/par Frédéric Rossi-Liegibel /image Architecture of Density #91 – Michael Wolf© puis pixellisation sur photoshop®

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