L’innovation paysagère

Posted on 5 avril 2011

“On ne peut écrire l’histoire de l’architecture du Brésil sans réserver une place conséquente au peintre. Artiste par-dessus tout, c’est en peintre qu’il aborda la question du jardin.“*

Cet article est un hommage à cet homme qui a favorisé les passerelles entre paysagistes, designers, architectes et urbanistes, dans ces lieux où les compétences se rejoignent.Inimitable, Roberts Burle Marx échappe à toute étiquette, mais est une des grandes figures (oubliées) du paysage moderne du XXe siècle. Formé à la peinture, c’est par la nature qu’il s’exprimera le plus. Avec la topographie comme support et le jardin “comme l’adéquation du milieu écologique aux exigences naturelles de la civilisation“. pourquoi en parler sur le site coopérative design ? Parce que son œuvre dédiée au végétal est hautement picturale. Tout y est dessiné, peint, construit. L’une de ses contributions fut la création de zones de couleur unie, là où des mélanges peuplaient les parterres et les jardins : “Il nous faut avoir le courage de renoncer à des éléments qui semblent beaux mais qui n’apportent pas le résultat escompté lorsqu’ils sont associés à d’autres“. Pour lui le jardin n’est ni le reflet ni la copie de la nature. Les éléments naturels doivent toujours composer avec le paysage de façon à établir des résonances.

Grand innovateur, il contestait néanmoins les jugements portés sur son travail qui en soulignaient surtout l’originalité : “Mon œuvre reflète la modernité, la période à laquelle elle est créée, mais elle ne perd jamais de vue les raisons même de la tradition historique.“ peut être l’avons trop longtemps oublié et mis au rebut comme démodé, car à la différence de certaines contributions remarquables mais datées, les magnifiques espaces créés par Burle Marx restent toujours actuels. Amoureux du dialogue entre les plantes, il pratique le jardin comme l’un des beaux-arts. Il n’est malheureusement peu connu en France, pourtant il a laissé sa marque à Paris, avec les patios de l’Unesco et présidé le jury du concours international pour le Parc de la Villette, et a aussi rêvé d’investir la terrasse du Centre Pompidou…

Dommage, on aime son empreinte graphique et on aimerait la faire partager à plus de monde. “Un jardin est le résultat d’un arrangement de matériaux naturels selon des lois esthétiques, entremêlées au regard que porte l’artiste sur la vie“, disait-il. “La vie, il s’attachera à la faire surgir ex nihilo en participant, lui aussi, à l’aventure de Brasilia“**. Burle Marx partage avec Niemeyer cette inclination pour « la ligne courbe et sensuelle », selon l’expression de l’architecte, dénonçant par là-même la dictature de la ligne droite.

*Mario Pedrosa. Jornal do Brasil, 9 janvier 1958 **Lauro Cavalcanti, architecte, anthropologue et écrivain, est l’auteur de divers ouvrages sur l’architecture, l’esthétique et la société, parmi lesquels Quando o Brasil era moderno (2001) et Moderno e brasileiro (2006).

/par Frédéric Rossi-Liegibel /la permanence de l’instable /exposition du 23 mars au 24 juillet /Cité de l’architecture & du patrimoine, palais de Chaillot, 1 place du trocadéro, paris 16e/ Image 1 – Résidence Cavanellas, Pedro do Rio – RJ, Brésil, 1954 /Architecte : Oscar Niemeyer /Paysagiste : Roberto Burle Marx © Leonardo Finotti – Image 2 – Banco Nacional de Desenvolvimento Econômico e Social e Petrobras, Rio de Janeiro, Brésil, 1974/ 1985 /Architecte : Alfred Willer, Ariel Stelle, Joel Ramalho Jr., José Sanchotene, Leonardo Oba, Oscar Mueller e Rubens Sanchotene. Paysagiste : Roberto Burle Marx © Leonardo Finotti

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