La couleur se place entre la matière et la lumière

Posted on 7 avril 2011

Le travail de Philippe Fagot consiste à analyse, via la couleur, et plus spécifiquement la chromaticité, la nature des  liens entre un individu ou un groupe social et les idées qui en émergent ou les objets imaginés créés et produit. Cette enquête et la compilation d’indices qui l’accompagne, construisent une base de données permettant l’élaboration de scénarios prospectifs*. Pour lui, la couleur est par essence, complexité. Simple en apparence, elle conjoint deux domaines : celui de l’objectivité, de la raison, de la méthode, de la mesure d’une part, et de celui de la subjectivité, de l’émotion, de l’imagination, de la sensibilité d’autre part. Fragile équilibre ! Nous sommes loin, de la fonction de capter / capturer des informations en provenance du monde environnant, car prendre de la distance, c’est aussi s’interroger sur l’observateur, le récepteur de ces signaux colorés. D’ailleurs en contrepoint, il cite Henri Matisse : « Je voudrais que les gens sachent qu’il ne faut pas approcher de la couleur comme on entre dans un moulin, qu’il faut une sévère préparation pour être digne d’elle » et, un peu plus tard : « Mettre de l’ordre entre les couleurs, c’est mettre de l’ordre dans ses idées. »

COMMENT ASSOCIEZ VOUS MATIÈRES, COULEURS ET LUMIÈRE ?

A juste titre, votre question place la couleur entre la matière et la lumière, car elle est souvent considérée comme une interface entre le rayonnement électromagnétique et l’optique des solides. C’est vrai, on peut examiner et expertiser ces différents paramètres indépendamment les uns des autres par la chimie ou la physicochimie, par la chromatologie, ou par la physique et l’optique. Mais ce qui m’anime et me fascine, ce sont les interférences réciproques engendrées et les réactions psychologiques produites.

C’est pourquoi, parfois, à des fins didactiques ou méthodologiques, j’ai recours à un outil d’assistance à la décision : nuancier, atlas, système, palette ou autre diagramme. Mais que ce soit le R.A.L. allemand, le Munsell américain, l’A.C.C. néerlandais, le DIC japonais, ou autres Pantone, Euroscale, etc.) tous présentent des limites théoriques, matérielles et pragmatiques que l’on ne peut méconnaître au risque d’une expertise tronquée, amputée. Conscient de ces limites, pour mes usages courants, j’utilise le NCS, parce qu’il est élaboré sur des principes physiologiques (mettant en exergue les propriétés sensorielles du sujet percevant), et est relativement facile d’emploi.

ALORS, QUE MANQUE-T-IL ?

En France, j’observe très curieusement une forme de résistance institutionnelle à introduire des études de chromatologie dans les cursus d’études supérieures alors que dans les autres pays, notamment européens, les jeunes générations sont largement instruites des disciplines impliquées dans l’étude de la couleur appliquée à leurs domaines respectifs. Refuser la prise en compte des fonctions sensorielles de l’humain est incompréhensible pour moi !

*Après trois années de préparation, doit paraître en juin prochain un ouvrage collectif et transdisciplinaire sur le thème : la couleur des aliments, chimie et biochimie, toxicologie, évaluation sensorielle, réglementation sur les colorants, design alimentaire, design packaging, psychosociologie, aspects médicaux, etc. /Illustration Ettore Sottsass /Lampe à poser Asteroide, 1968 /Editeur : Poltronova, Italie /Perspex, métal laqué, bois, tube néon en U /Crédit photo : Ulysse Fréchelin

 

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