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Obsession particulière – la saccuplastikophilie

Posted on 20 septembre 2011

Léa Ricorday définie son intérêt pour le sac plastique, et surtout l’envie de partager cet intérêt, comme une démarche artistique. Car artiste est “la plus permissive des fonctions“, et puisqu’il faut se définir, ça rassure. Sa curiosité est l’un de ses outils principaux, avec le réflexe constant de mettre en connexion ce qu’elle croise. Une rencontre/découverte sur Maison&Objet de septembre 2011, intégrée dans les trois visions des parcours d’influences, dans l’espace d’Elizabeth Leriche – Obsessions privées. Dans cet espace Léa Ricorday offre un regard particulier, hors des sentiers battus. Une manière particulière de faire des connexions, d’associer des choses, des idées, des matières… En résulte quelque chose auquel on ne s’attend pas et qu’on ne sait pas forcément expliquer mais qui interpelle.

COMMENT DÉFINIRIEZ VOUS VOTRE OBSESSION ?

Intermittente. Source de plaisir. Quelques fois simulée, en tout cas pour celle “affichée“ de collectionneur. Sinon, mon intérêt quasi obsessionnel pour les objets, particulièrement quotidiens et usuels et leur poésie, est bien réel. L’objet de mon obsession peut changer tout à coup. Aujourd’hui c’est un saucisson industriel allemand à la « peau » fascinante qui a toute mon attention, mais ça passera sûrement ! En tout cas je n’en suis pas esclave, ou au moins je ne le sens pas comme ça. Je fais en sorte de me créer un terrain d’activité où mes obsessions (il doit bien y en avoir plusieurs…) ne sont pas bizarres ou handicapantes mais des moteurs, des sujets ou des matériaux.

QU’EST CE QUI VOUS A INCITÉ À ENTREPRENDRE CETTE COLLECTION ?

Le sac a alors un autre statut, il est extrait de sa réalité quotidienne où nous le fréquentons tous d’ordinaire. Plus précisément, j’étais à la recherche d’un sujet pour mon diplôme de design textile et je souhaitais travailler sur les habitudes de consommations, le graphisme de la grande distribution, sa littérature, et les valeurs qui y ont cours. J’ai commencé à étudier le sac plastique publicitaire comme un support de communication parmi d’autres et c’est en en récoltant le plus possible pour avoir une base de travail que la collection s’est imposée. Parce que la collection c’est aussi étudier, décrire et présenter un objet dans ses moindres détails. Et puis c’était suffisamment interpellant pour que les gens se mettent à voir autrement cet objet sans que ce soit dans un combat eco-friendly, qui finalement fausse l’appréciation de l’objet.

QUEL CHEMIN VOTRE RECHERCHE A-T’ELLE EMPRUNTÉ ?

Au départ, il y avait un intérêt “scientifique“, je voulais avoir le plus de spécimen pour envisager la diversité de cet objet et pouvoir y travailler. Mais très vite a commencé la collection “enfantine“, (le plus possible et tout de suite, jouer aux classements et les regarder des heures entières… un rapport assez primaire à l’objet et à la possession). Puis le “sérieux“ m’a pris car il me permettait de communiquer ma vision de cet objet, notamment en répertoriant des types et des critères, les descriptions, les classements… puis la préparation d’un catalogue mais aussi une conférence /performance (Introduction au sac plastique). Il y a également eu un moment consacré aux relations, parfois assez sentimentales, que l’on peut avoir à cet objet, (j’ai écrit un recueil d’anecdotes à ce sujet, Ma Mère en 2010). Et aujourd’hui je travaille à l’élaboration d’un mobilier pour le rangement et la consultation de collections de sacs plastiques (bretelles pour le moment), pas seulement pour ma collection mais pour que le collectionneur de sac puisse trouver autant de confort et de sérieux dans son domaine que le numismate. C’est un objet très beau, la saccuplastikophilie peut être aussi passionnante que la philatélie par exemple. Bien que la collection puisse être très prenante et obsédante, c’est avant tout pour l’objet et pour permettre de percevoir la poésie que j’y vois quasi tous les jours que j’ai entrepris tout cela.

Cependant aujourd’hui, je sens un certain essoufflement. Je ne me lance plus à la recherche de nouveaux sacs avec autant d’entrain qu’avant… Mais l’objet m’intéresse toujours autant. Et je me laisse quelques fois aller à imaginer un musée du sac plastique, ou un département pour lui dans un musée de l’objet usuel… Un américain vient de me proposer d’acheter sa collection de 9 800 sacs, ça pourrait être le début d’une nouvelle aventure. Maintenant j’aimerais aussi m’en extirper et en faire quelque chose d’autre, comme j’ai pu le commencer par des pliages et des dessins, en 2010.

QU’EST-CE QUI VOUS A INCITÉ À EXPOSER CES SACS LÀ ? QU’EST QUI LES REND SINGULIER ?

J’ai choisi mes préférés, bien sûr, mais en faisant attention à ce que tous les types de sacs soient représentés. Des matières différentes, faites de plastiques gras et très brillants, ou brillants mais poudreux et granuleux au toucher, quelques défauts à la soudure (le Meatshop a un pli supplémentaire de chaque côté, plus ou moins symétrique, ce qui en fait un objet dont le dessin n’est plus uniquement lié à son usage), des belles couleurs, des graphismes super-sexy, des mises en page exemplaires (6 à 7 polices différentes sur 1 A4 environ et ça marche), des slogans à toute épreuve « Carnivores. Dévorez, c’est naturel. » « Le rouget barbet. Quand la couleur devient saveur ». Mais la sélection s’est faite aussi au fur et à mesure de l’accrochage, pour qu’il y ait un certain rythme, et que ça forme un ensemble par lequel on se laisse attirer.

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