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S’inscrire dans la lignée d’une avant-garde audacieuse

Posted on 18 octobre 2011

Partant de l’observation des méthodes traditionnelles de cuisine en Norvège, Unqui Designers* ont imaginé une cuisine économe en énergie (Shelved Cooking – Prix Émile Hermès 2011) adaptée à la réalisation des plats mijotés. Afin de réduire la consommation en énergie des cuisines domestiques, Ils ont eu l’idée d’adapter un principe de cuisson traditionnelle scandinave à la vie contemporaine**.

QU’EST QUI POUSSE UN JEUNE DESIGNER À PARTICIPER AU PRIX ÉMILE HERMÈS ?

Ce qui nous a poussés à participer au Prix Émile Hermès, c’est la compréhension et la considération qu’il porte à la création. Cette reconnaissance se retrouve dans l’exigence du cahier des charges et dans l’importance de la dotation. Par ces deux points ce prix s’éloigne de la perception parfois superficielle du métier de designer en France. Cette implication nous a également attirés par sa cohérence avec notre propre définition du design. Le concours propose d’aborder une problématique précise. Relever le défi d’un questionnement sans savoir quelle forme la réponse prendra est le cœur même du design. De plus cette réponse doit être ambitieuse mais aussi concrète et prototypée, il ne s’agit pas seulement de proposer une réflexion mais de la confronter à la réalité des usages et de la fabrication. C’est là toute sa : l’aboutissement des propositions. Poursuivre l’objectif d’une réelle mise en place oblige les designers à plonger dans l’innovation et la prise de risque. Ce qui prime alors, c’est l’envie de relever le challenge et de s’inscrire dans la lignée d’une avant-garde audacieuse.

LE DÉVELOPPEMENT DURABLE C’EST QUOI ?

Le développement durable c’est d’abord une définition simple : il s’agit d’un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. En pratique pour nous, ce sont des enjeux de conception certes mais surtout des enjeux d’usage qui portent une ambition globale d’équilibre. Cette ambition dépasse l’objet lui-même et nous oblige à envisager les choses en cycles et en systèmes : la fabrication, l’utilisation, la revalorisation, les ressources nécessaires etc. Il faut instaurer une nouvelle manière de concevoir, avec comme objectif de donner à chacun l’envie, et non l’obligation, de maîtriser son impact sur la planète. Dans le cadre du Prix Émile Hermès, nous nous sommes penchés sur le sens et la désirabilité de notre proposition. Nous avons voulu dépasser un objet “pensé durable“, pour proposer un mode de vie complet, adapté aux nouveaux rythmes et répondant aux aspirations actuelles. De plus, en concevant le prototype, nous avons imaginé un cycle dans lequel l’inscrire : de sa fabrication à son recyclage en passant par son usage.

VOUS INSCRIVEZ VOUS DANS UN ÉCOSYSTÈME ?

Nous inscrivons surtout notre projet dans un écosystème ! Nous avons créé un objet qui impacte le mode de vie et le réoriente. Aujourd’hui, c’est une notion qui prend de plus en plus d’ampleur dans notre travail. Éviter le caractère anecdotique de l’objet fermé et isolé, et inscrire les projets dans des écosystèmes, mieux, créer ces écosystèmes avec en leur sein les services, les produits et les interactions nécessaires. Sur un tout autre plan, nous travaillons en collectif, une équipe de 4 designers, ce qui nous impose un système collaboratif. Il ne s’agit pas de segmenter les phases de travail mais de se confronter, de rebondir, d’échanger pour approfondir notre réflexion et avoir une approche globale. Cet incessant mouvement d’idées au sein de notre équipe nous permet une remise en question constante de l’ordre établi ainsi que l’exigence de se tirer tous vers le haut. Mais le travail collaboratif ne s’arrête pas là. Nous savons que les projets naissent ou s’enrichissent de la rencontre de partenaires : prototypistes, fabricants, industriels, et de bien d’autres passionnés avec qui nous pouvons collaborer. Le design doit s’intéresser à d’autres disciplines pour porter des projets sensés : sociologues, architectes, médecins… Notre écosystème est ouvert.

* Diplômés en design industriel de Strate College en 2009, Arnaud Le Cat, Esther Bacot et Luther Quenum se sont associés dès la fin de leurs études pour former le collectif Unqui. Ils développent chacun des projets de façon indépendante et collaborent à chaque fois que cela leur est possible. **La technique consiste à cuire les aliments jusqu’à ébullition puis à les laisser mijoter en stoppant l’apport d’énergie, mais en conservant leur chaleur grâce à une isolation du contenant. Pour y parvenir, les designers ont imaginé une cuisine visuellement simple composée de deux cylindres de cuisson par induction, posés sur tréteaux. Enveloppés d’isolant, ils coupent les ponts thermiques et concentrent la chaleur sur le contenant de cuisson. Une fois la préparation à température, l’induction est stoppée et la cocotte est isolée sur le dessus par un capot thermique composé d’une superposition de laine bouillie, de couverture de survie et de liège. Selon ses designers, cette cuisine simple, essentiellement destinée aux plats mijotés, permet d’économiser environ 75 % d’énergie sur la cuisson d’un bœuf bourguignon ou 45 % sur la cuisson d’un potage de légumes.

/Illustration 1 – Shelved Cooking©DISKO – 2 – Arnaud Le Cat, Esther Bacot et Luther Quenum

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