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La place du mobilier dans la BD

Posted on 29 octobre 2011

Souvenons-nous 58 ! cette année-là pour l’Exposition Internationale de Bruxelles, la BD multiplie les hommages aux meubles contemporains : Spirou dans les pirates du silence Tintin dans l’album “… au Tibet », pour ne citer que les principaux.

En 2013, on célébrera les 75 ans de Spirou qui ne cesse d’étonner par son extraordinaire modernité. À l’instar d’un Franquin, qui n’hésitait pas à faire évoluer Spirou dans des décors contemporains, meublés dans le design des années cinquante, Serge Clerc* s’empare du personnage emblématique du Spirou pour le confronter aux grandes figures de l’art du XXe siècle. De Calder à Picasso en passant par Chirico, mais aussi les Eames. Serge Clerc interroge l’essence même du personnage de BD qu’incarne Spirou. Tout à la fois daté et intemporel, personnage de fiction devenu personnage à part entière, dommage qu’il ne discute pas avec des personnages aussi connus que Tintin, comme nous, il joue sur deux registres : le moderne et le nostalgique, l’actualité et le souvenir.

Les cadres d’Hergé sont plus conventionnels, l’intérieur de Tintin est aussi neutre que son visage, dans cette aventure tardivement publiée dans le Journal de Tintin en 1958, notre reporter vient à s’entourer de meubles très tendances… À la différence de Spirou, l’environnement n’est plus celui d’un intérieur de particulier dans une riche villa moderne mais au contraire un espace collectif bien particulier : un club de montagne. Le mobilier de cet espace, celui de Jean Prouvé, doit donc être hygiénique (moderne, sobre, avec du métal)*.

Concernant Spirou, le sujet est ressassé. Franquin ouvre l’ère du design et signe surtout un constat : le milieu des dessinateurs semble accéder aux valeurs de son temps, des meubles portant une idéologie libre et ouverte*. Il fait évoluer le personnage dans un environnement fait d’objets et d’œuvres évoquant la modernité telle qu’elle était conçue à l’époque où il acquérait ses premières vraies lettres de noblesse. Serge Clerc lui rend hommage, on voit son Spirou se prendre les pieds dans des meubles de Mies van der Rohe, courir dans une maison au design singulier. Son livre est ainsi traversé par des objets qui figuraient la modernité ou l’avant-garde dans les années 1950 et ont désormais, en 2011, un statut quasi-culte. Il propose une tension entre la fiction et le réel, entre des personnages de BD et le décor comme un personnage à part entière.

L’histoire d’une époque et de son look, un idéal de vie auquel chacun souhaite accéder…

*Serge Clerc, dessinateur des années Métal Hurlant, revisite trois mythes modernes : les années Metal Hurlant, le Spirou de Franquin et Jijé, l’art des 50’s. Il a trouvé une large partie de son inspiration et de sa documentation dans les archives de AD, qu’il cite explicitement dans sa bibliographie. Spirou vers la modernité, de Serge Clerc, aux éditions Dupuis. **Jean Prouvé par Hergé, dans Tintin au Tibet®fondation moulinsart, 1958. Fauteuil modèle « Visiteur FV11″, à assise et dossier en lattes de chêne ciré maintenues par une structure en chêne ciré, accoudoirs manchettes reposant sur un piètement en tubes métalliques à reception boule en bois tourné, 1949. ***Franquin, environ vingt ans plus tard, n’hésite pas à se moquer du  » geste design  » et des effets de surprise, souhaitant même le pire à ses utilisateurs dans Idées Noires !

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