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Être un spécialiste dans un métier rare

Posted on 16 novembre 2011

Dernier fondeur en activité en Europe, Joël Bertin est chef d’équipe au sein de l’Atelier du Livre d’Art et de l’Estampe depuis 2003. De la refonte des caractères de l’Imprimerie nationale, en passant par les services photocomposition, prépresse et fabrication, il se forge une solide expérience désormais reconnue à l’international*.

QU’EST CE QU’UN MAÎTRE ?

Quel que soit le terme employé, il recouvre deux aspects qui à mon sens, sont indissociables : être devenu un spécialiste dans un métier rare ou en voie de disparition, et aussi transmettre son savoir. Il n’y a plus aucun fondeur en activité professionnelle, ceux qui opèrent encore relèvent d’associations et de musées et ne maîtrisent qu’un seul type de fondeuse.

PEUT ON COMPARER LES MÉTIERS D’EXCEPTION FRANÇAIS AUX TRÉSORS NATIONAUX JAPONAIS ?

Au sein de l’Imprimerie nationale ce sont avant tout les collections qui sont Trésors nationaux : les poinçons et matrices constituent un patrimoine unique au monde, classé Monument historique. Nos savoir-faire ne sont plus enseignés et sont, par la force des choses, devenus uniques.

COMMENT PASSEZ-VOUS DE L’ARTISANAT AU PROCESSUS INDUSTRIEL ?

Cela dépend de l’activité exercée. En tant que fondeur à l’Imprimerie nationale, l’artisanat et les petites séries se côtoient. Le fondeur intervient après le graveur de poinçons et avant le compositeur typographe et l’imprimeur. L’Atelier du Livre d’art et de l’Estampe s’inscrit avant tout dans un processus artisanal. Nous œuvrons au service des artistes pour créer des ouvrages de bibliophilie, à tirage limité, et nous mettons à leur disposition toutes les techniques préservées à l’Imprimerie nationale au cours des siècles et toutes les ressources de notre patrimoine en matière de caractères, dont les plus anciens datent de François Ier

Mes fonctions de fondeur seront probablement à l’avenir exercées au sein d’un atelier vivant adossé à une structure muséale où je serai appelé à tenir un rôle de conservation du patrimoine et où je veillerai à sa pérennité. Le fondeur de caractères a un rôle clef à jouer dans la chaîne graphique.

*Il collabore en effet avec des artistes du monde entier tels que Zanuzucchi, Ra Anan Levy ou de nombreux éditeurs d’art comme Maeght, Editart-Genève, éditions de la revue Conférence, Agencia Literaria Carmen Balcells ou encore les éditions Traces. Il a également développé des techniques innovantes, comme l’adaptation de certaines fondeuses au point Didot ou encore la fonte de l’attache avec fente pour fermoir à la japonaise pour le livre de Miquel Barcelo.

/images ©Marc-Antoine Mouterde /À l’instar des Trésors Nationaux Vivants du Japon, les Maîtres d’art sont porteurs de savoir-faire exceptionnels. La nomination en qualité de Maître d’art – créé en 1994 par le ministère de la Culture* – vise à soutenir le vaste champ des métiers d’art. Le titre a depuis été décerné à cent sept professionnels d’excellence. Porteur d’un talent, d’une expérience et d’une compétence rares, le Maître d’art s’engage à transmettre ses connaissances et son tour de main à un élève qualifié afin qu’il les perpétue. Cette nouvelle promotion met en lumière la riche collaboration entre Maîtres d’art, artistes et designers contemporains et souligne le rayonnement des pratiques artistiques dans des domaines aussi variés que l’imprimerie, les arts plastiques, le design, la céramique, la mode, le livre et l’édition.

*Depuis2010, le ministère de la Culture et de la Communication décerne ce titre tous les ans afin de valoriser un patrimoine immatériel d’exception et d’encourager sa transmission. Pour ce faire, le Maître d’art reçoit une allocation annuelle de l’État d’un montant de 16 000 euros, dans le but de proposer une formation de haut niveau pendant trois ans à un élève.

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