Autolib’ : la liberté, vraiment ?

Posted on 9 janvier 2012

La partie n’est pas gagnée pour Autolib’ : le seuil de rentabilité devrait être atteint quand 80 000 franciliens se seront convertis aux bienfaits de l’automobile électrique en libre-service. En janvier 2012, ils étaient 6 000 précurseurs à répondre présent, dont certainement une bonne partie de curieux, de technosensibles et d’écologiquement corrects (du moins, le croient-ils – le total du bilan carbone n’étant sans doute pas à la hauteur des espérances).
Au-delà des querelles de chiffres, il est nécessaire se pencher sur la véritable signification du concept Autolib’, ainsi que sur les réels besoins auxquels répond cette offre. De façon générale, l’autopartage et le libre-service relèvent d’une même volonté, qui se décline selon deux composantes : atteindre le plus souvent possible le taux de remplissage du véhicule, sur un trajet donné. Et/ou limiter la possession du véhicule au temps de trajet.
Ceci, afin de réduire la quantité de véhicules en circulation, et également diminuer le nombre de véhicules possédés en propre.
L’autopartage est un concept sensé : aucun intérêt à multiplier les véhicules vides allant dans la même direction. Autant se regrouper, aussi bien pour des raisons économiques qu’environnementales. Mais ce concept sensé ne l’est vraiment qu’en l’absence de transports en commun, ou sur de longues distances. En ville, l’intérêt devient beaucoup moins tangible, tant les solutions de transport, 100% écologiques (Vélib’) ou non, sont à portée de main. Et c’est justement dans cet environnement urbain qu’Autolib’ a décidé de se placer : logique, car l’autonomie des batteries ne devrait pas permettre de dépasser bien souvent une centaine de kilomètres en conditions réelles d’utilisation (même si l’autonomie affichée est de 250 kilomètres – batteries pleines).
Ce serait donc par défaut que le véhicule électrique est urbain, du fait d’une impossibilité d’effectuer d’une seule traite un déplacement conséquent.
Mais c’est aussi là qu’il est le moins utile, tant l’offre transport est développée. Par conséquent, si Autolib’ réduit effectivement la possession du véhicule au temps de trajet (c’est le concept du libre-service qui permet cela – et non la traction électrique), sa réponse au besoin de transport hors de la cité est très imparfaite, autonomie oblige.
Disons alors qu’Autolib’ permet de s’acclimater au véhicule électrique, mais cela constitue-t-il un progrès technologique flagrant depuis qu’Émile Jenatzy a franchi en 1899 la barre des 100 km/h avec sa “Jamais Contente“ ?

/Christophe Chaptal de Chanteloup rejoint Cooperative Design pour une chronique d’humeur, ici sur l’automobile. Successivement fondateur et dirigeant de l’agence Design Service, puis directeur marketing chez Groupe SEB et Peugeot Scooters, il développe aujourd’hui cc&a, un cabinet spécialisé dans l’organisation des entreprises par la mise en oeuvre du design management (automobile, banque, textile, édition, etc.). Auteur de plusieurs ouvrages sur la stratégie et le design management (Dunod et Vuibert), il est conférencier et formateur à Sciences Po Paris en stratégie et design management et intervient également à ICN Business School, HEC, ESCP Europe, etc. Il est président de l’association Île-de-France Design.

/image 1 – La “Jamais Contente“ de Camille Jenatzy /image 2 Autolib’®

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