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Le cabanon Le Corbusier

Posted on 24 juillet 2012

Réalisé en 1952 le Cabanon occupe une place à part dans l’œuvre de Le Corbusier.

C’est une petite baraque, dont l’intérieur regroupe, dans une quinzaine de mètres carrés, deux lits, une table, quelques rangements, un lavabo et un WC. Par l’une des deux fenêtres on aperçoit la plage où Le Corbusier se noya au mois d’août 1965. On trouve, bâtie au même endroit, la villa E1027, conçue par Eileen Gray propriété de Jean Badovici, où il venait fréquemment, depuis les années trente, en vacances et parfois pour travailler. Voici, raconté par Le Corbusier, l’histoire de la naissance du projet: “le 30 décembre 1951, sur un coin de table, dans un petit casse-croûte de la Côte d’Azur, j’ai dessiné pour en faire cadeau à ma femme pour son anniversaire, les plans d’un Cabanon que je construisis l’année suivante sur un bout de rocher battu par les flots. Ces plans, (les miens) ont été faits en 3/4 d’heure. ils sont définitifs ; rien n’a été changé ; grâce au modulor, la sécurité de la démarche fut totale. Le plan est rectangulaire, la toiture à une pente“.

Le Corbusier situe la porte du Cabanon à l’avant de la parcelle, côté mer. Chaque élément du mobilier, si minime soit-il, est traité comme un organe complexe non seulement au plan fonctionnel – le lit devient rangement – mais aussi sur le plan spatial – le support du lavabo devient séparation – le mur est décliné en table et étagères – une fenêtre, située à 70 cm du plancher et plaquée contre le talus à l’arrière du cabanon encadre un micropaysage – deux fentes verticales, placées à deux angles opposés du cabanon ont quand à elles, la charge d’assurer la ventilation.
Charles Barberis, industriel menuisier chargé de la réalisation, recevra en cours de chantier, de multitude de compléments, dessinés de la main de Le Corbusier, déterminant le choix des matériaux, des détails de mobilier… Cela fait apparaître quelque peu abusive la déclaration de l’architecte sur le temps de conception accordé au cabanon.

Préfabriqué en Corse, acheminée par bateau et par chemin de fer jusqu’à Cap Martin, la construction est achevée au mois d’août 1952. Le Corbusier prend immédiatement possession de ce modèle poussé dans les limites idéales, car ici, les organes libres, les éléments de la composition, sont des standards de construction totalement autonomes, des espaces habitables entiers, utilisables comme tels, isolés, ou intégrables dans des mégas structures en béton étayent cette interprétation. Un modeste champ d’une expérimentation sur un thème central de la doctrine corbuséenne et de la modernité : on imagine que produit en série, le cabanon aurait rejoint la cohorte des coques, bulles et autres sous-produits de la modernité. D’ailleurs, le Corbusier s’en aperçut et refusa d’aller au bout de la logique du cabanon et ne donna jamais le feu vert à Barberis pour en lancer la production en série !

/Source Bruno Chiambretto, architecte, spécialiste de Le Corbusier – Auteur du livre “Le Corbusier à Cap Martin” – Edition Parenthèses / image fondation le corbusier

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