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Rien pour Nous, sans Nous

Posted on 8 août 2012

“Mon nom est Oscar, je suis né le 22 novembre 1986 à Pretoria, amputé des deux tibias. Spécialisé dans le sprint, je suis le premier athlète handisport à concourir dans un championnat du monde pour les valides – le 4 août pour les séries du 400 mètres. Surnommé “The Blade Runner“, “le coureur aux lames“ je me déclare : la chose la plus rapide sans jambes.“

Je m’appelle Didier, j’ai 3 ans et je suis aveugle. J’ai 16 ans, un copain me dit “qui t’habille ?“. Je lui dis “c’est ma mère“. Il me dit “faut que tu arrêtes, tu ressembles à ton père“. La majorité des personnes souffrent de l’image qu’elles renvoient ou croient renvoyer ! “L’image de la personne se retrouve chargée de symbolique, celle de notre vie sociale avec la quête de l’esthétisme et du look, signe actuel de notre civilisation occidentale“**.

Cette image peut être polymorphe en fonction du groupe auquel on souhaite appartenir. Il y a aujourd’hui un choix, conscient ou non d’ailleurs. Mais un constat sans appel : aucune n’est satisfaite. Dans l’esprit de certaines femmes, elle sanctionne tous les actes quotidiens : l’amour évidemment (je suis trop moche pour être aimée), mais aussi le travail ou plutôt la peur d’en manquer (je ne trouve pas de boulot parce que je n’ai pas le bon look). Que cachent ces détresses ? Deux témoignages de deux femmes.

Marie-Noëlle a 55 ans et est en fauteuil roulant depuis l’âge de trente ans : “Pendant longtemps, je me suis volontairement interdit toute coquetterie. Dieu sait pourtant que j’aimais m’habiller avant mon accident. Le fauteuil, c’était déjà assez lourd. Me coiffer ou me maquiller me semblait alors indécent. Le regard que l’on posait sur moi y était sûrement pour beaucoup. Ce mélange de peur et de pitié…

Marie, 52 ans, difficile de voir qu’elle souffre d’un handicap, elle est pourtant aveugle d’un œil et ne dispose que d’1/10 pour l’autre. “J’aime la mode, j’ai adopté des couleurs, pas flashy, mais plus claires, ce qui me fait beaucoup de bien… mal habillé, je marchais le dos voûté ! “ “En ce qui concerne la séduction, j’ai toujours pris les devants. J’étais persuadée que si j’attendais, à cause de mon handicap, ça ne viendrait jamais. C’est donc ce qu’une personne dégage qui me séduit. J’adore regarder les gens danser“.

C’est la place de l’individu dans notre société qui est interrogée. Mais au-delà du paraître, qu’en est-il de la place de la personne handicapée ? Avec bien sur comme exemple Oscar Pistorius qui s’aligne dorénavant aux côtés des valides après une longue lutte, qui n’est pas encore finie. Mais quand recherche, innovation, design et rage s’unissent.

*Didier Roche est directeur général du Groupe Ethik Investment et de la société Dans le Noir Blind Tasting. **Ce mot d’origine allemande, qualifie une “exigence absolue imposée par le plus fort au plus faible…“ qui est le plus fort, celui qui s’approche le plus de la norme, édictée par le marché avec des objectifs consuméristes ? ***Alexie Lorca est journaliste et essayiste. Journaliste à Marie-Claire et Atmosphères, elle anime régulièrement des rencontres littéraires et a publié “Moi et moi, la dictature des apparences“ aux éditions Larousse en 2008.

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