J’en oublie les notions de packaging

Posted on 19 septembre 2012

Qui se cache derrière le pseudonyme : “Emmane“? “Mon métier n’a pas de nom. Je travaille aussi bien le métal que la porcelaine. Je réalise des objets de décoration d’intérieur qui vont du meuble sculpture aux vases en passant par des lampes. Je suis installée dans un tout petit village de la Loire. J’expose dans l’exposition Poids plume. Je suis, je suis… Emmanuelle Bernat !“

« CRÉATEUR“, “CRÉATRICE“, Y A-T-IL ENCORE UNE DIFFÉRENCE ?
Quand on est devant une œuvre, qu’importe que ce soit la réalisation d’un créateur ou d’une créatrice. Ce qui doit rester c’est l’émotion qu’elle génère, l’histoire qu’elle nous raconte, son interaction avec l’espace ou les spectateurs. Notre production peut s’apparenter à des stéréotypes masculins ou féminins, mais notre sensibilité ne dépend pas de notre sexe, mais de notre histoire. Créateur ou créatrice après tout c’est la nature qui le détermine dès le départ ! Si les femmes ont de plus en plus accès aux métiers d’hommes l’inverse est aussi vrai, pourtant la question de genre ne se posent qu’aux femmes. Nous ne faisons que brouiller les pistes, rendre perméables les frontières entre l’homme ou la femme, sans pour autant oublier qui nous sommes.

QU’EST CE QUI VOUS SÉPARE D’UN DESIGNER ?
Vaste problème ! On remarque que notre société s’efforce de gommer les différences et de décloisonner tous les secteurs, mais cela contribue surtout à nous faire perdre nos repères et nous pousse à en créer d’autres. Ainsi, il faut déjà s’entendre sur la définition du designer. Si on part du principe que le designer est : “un créateur d’objets ou de service destiné à la production en série ou au plus grand nombre“; je dirais qu’un artisan est spécialisé dans un domaine, un monde de matériaux ou une technique. Pour moi le designer est peut-être détaché des problèmes techniques et de la réalisation pure, mais il pense l’objet dans sa globalité, de la matière première au rayon de magasin. Je pense que c’est cela qui me différencie du designer, trop concentré à résoudre des problèmes de réalisation, j’en oublie les notions de packaging et de mise en valeur de l’objet fini. Mais au final l’un ne peut aller sans l’autre, c’est le dialogue entre designer et artisan qui fait progresser notre vision de ces deux métiers et fait évoluer notre pratique.

COMMENT PASSE-T-ON DE L’ARTISANAT À LA SÉRIE ?
J’ai pour habitude de dire que je réalise des séries d’objets uniques. Je suis incapable et je n’ai surtout pas envie de faire deux fois la même chose. Même s’il m’arrive de produire le même type de pièce en petit nombre, elles restent uniques par leurs dimensions et leurs couleurs. Si je dois faire une de mes pièces en série, je préfère sous traiter. Ce qui m’intéresse c’est chercher, se retrouver devant un problème et le résoudre tant bien que mal. Quand on réalise une série, notre cerveau est déconnecté, on effectue des taches identique et répétitive, rien de bien exaltant !

COMMENT VOUS INSÉREZ-VOUS DANS UN PROCESSUS INDUSTRIEL ?
Je ne m’insère pas dans un processus industriel, j’utilise les moyens de l’industrie pour certaines étapes dans l’élaboration de mes pièces. Par exemple la découpe laser me permet de produire un prototype potentiellement reproductible. Mais quand l’objet est réalisé échelle 1 et que nous le manipulions on remarque des défauts, des contraintes non envisagées avant, ainsi, le deuxième modèle va différer du premier. Au final avant d’avoir un objet reproductible en série, il aura fallu, peut être quatre tentatives. Les industries ne sont pas faites pour les moutons à cinq pattes et c’est tant mieux ! Par contre leur laisser le soin de réaliser des étapes, nous permet de dégager du temps pour travailler sur d’autres projets.

Image / portrait N’Krumah Lawson Daku© /paravent “Sans dessus de chou“ – inox

/Poids Plume – Sabine Fillit, Mathilde Pénicaud, Emmanuelle Bernat – Trois femmes, trois créatrices de mobilier qui apprivoisent des matériaux lourds, béton, métal, acier et insufflent à leurs créations, légèreté, féminité, contemporanéité  /Exposition Poids Plume / L’Atelier / 55, avenue Daumesnil – 75012 Paris – ATELIERS D’ART DE FRANCE

 

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