Des réalisations à l’échelle humaine

Posted on 18 septembre 2012

Sabine Fillit est mosaïste. Son travail prend plusieurs formes : des créations de revêtements muraux et sols pour l’architecture ou des sculptures et des tableaux. Ses recherches plastiques sur la mosaïque tendent à actualiser ce médium en associant sa technique (assemblage de pierres, pâtes de verre, grès cérame) à de nouveaux supports (autres que le traditionnel sol). Par exemple : “l’ardoise que j’utilise dans mes réalisations, n’est pas une pierre employée habituellement en mosaïque car on ne peut pas la débiter manuellement en tesselles (« l’unité » de pierre du mosaïste).
Ce qui m’intéresse dans cette matière, ce sont les oppositions formelles qu’elle propose :
soit une surface plane (que j’utilise en placage pour le mobilier), soit une ligne aiguë une fois divisée sur sa tranche jusqu’à d’infimes épaisseurs. J’exploite la qualité de fissilité de l’ardoise (indissociable du façonnage de ce schiste) et juxtapose en un jeu graphique des tranches de pierre plus ou moins larges obtenues, après sciage, par une coupe manuelle. »

« CREATEUR“, “CREATRICE“, Y A-T-IL ENCORE UNE DIFFERENCE ?
Ah ! La grande question de la différence homme/femme !!! Et bien s’il est un domaine où la frontière est plus floue, c’est bien celui de la création me semble-t-il… Cependant je n’ai peut-être pas le recul nécessaire pour répondre : il serait intéressant de demander aux visiteurs de l’exposition Poids Plume s’ils attribueraient nos pièces à des “créateurs“ plutôt qu’à des “créatrices“!

QU’EST CE QUI VOUS SEPARE D’UN DESIGNER ?
Nous avons la possibilité de passer directement de notre dessin à notre atelier. Il est rare qu’un designer réalise lui-même un objet qu’il a conçu. Nous pouvons également dessiner un produit nécessitant l’intervention d’autres corps de métiers que le nôtre, mais ce qui m’intéresse personnellement c’est de pouvoir participer directement aux différentes étapes de la réalisation, autrement dit “mettre la main à la pâte.“

COMMENT PASSE-T-ON DE L’ARTISANAT A LA SERIE ?
Dans notre domaine, on parle de “pièce unique“ ou de “petites séries“ qui correspondent à mon sens à des réalisations à l’échelle humaine. Le mot “série“ m’évoque plutôt l’automatisation industrielle d’un principe de production, auquel “la main“ n’a plus accès. La conception de la pièce s’en trouve changée : le but est de ne pas perdre l’âme du rendu artisanal ou bien de créer des modèles qui assument cette distinction.

COMMENT VOUS INSEREZ-VOUS DANS UN PROCESSUS INDUSTRIEL ?
Je n’ai pas encore eu l’opportunité de développer un projet pour la réalisation industrielle. C’est peut-être à ce moment-là que nous nous transformons en designers !

Image / portrait Gilles Leimdorfer© /meuble d’appui, ardoise et grès cérame blanc (121x 75,3 x 40,3 cm) – Thomas Cecconi©

/Poids Plume – Sabine Fillit, Mathilde Pénicaud, Emmanuelle Bernat – Trois femmes, trois créatrices de mobilier qui apprivoisent des matériaux lourds, béton, métal, acier et insufflent à leurs créations, légèreté, féminité, contemporanéité  /Exposition Poids Plume / L’Atelier / 55, avenue Daumesnil – 75012 Paris – ATELIERS D’ART DE FRANCE

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