C’est plus l’émergence d’un design sensible – politique – qui m’intéresse

Posted on 17 décembre 2012

Pour matali crasset “le design n’est pas un chemin unique de pensée. La porosité est une richesse. Ce qui m’intéresse c’est la richesse du design, au lieu de comparer, affirmons des différences. J’ai pris le parti pris d’avancer avec une confiance farouche dans ce qui m’animait. Personne ne m’a jamais reproché d’être femme et je ne suis jamais sentie à côté ou pas à ma place“*. 

DANS NOTRE MÉTIER, JUSQU’OÙ DOIT POUSSER L’EXIGENCE DE PARITÉ* ?
Le métier du designer propose d’être à la rencontre de plusieurs domaines… et ses facultés de rassemblement sont peut-être plus compatibles avec les valeurs féminines. Le designer de demain sera peut-être de moins en moins celui qui “signe“, et plus que celui qui fédère, il sera moins un design qui s’affiche et plus un design sensible.

PROBLÈME DE GENRE ?
Pour ma part, c’est plus l’émergence d’un design sensible – politique – qui m’intéresse. Les valeurs et les attentes tentent à légitimer un design sensible et une approche intuitive. Il faut prendre au sérieux l’histoire du design que nous propose Alexandra Midal et qui sous l’aune du féminisme propose une vision nouvelle et tellement éclairante. Peut-être que mon rapport aux objets et l’espace, ce que j’exprime à travers des scénarios de vie doit se comprendre ainsi.

Dans mon rapport aux objets, j’ai toujours travaillé sur la notion de fonction élargie. J’ai cette intuition qu’une fonction par objet ce n’est pas assez généreux et que la multifonction n’est pas non plus la solution. À l’injonction si régulièrement répétée de produire des objets qui « font sens » je préfère travailler à réinventer la fonction. Au lieu en effet de chercher à tout prix à symboliser une fonction par une forme et à respecter les codes de chaque secteur (par exemple une radio, évoquant le son, ne sera jamais dessinée comme un grille-pain qui lui évoque la chaleur) je tente de retrouver, dans l’imaginaire, la force des usages. Dès mon diplôme d’école, j’ai dessiné trois objets que j’ai appelé diffuseurs pour bien mettre l’accent sur ce qu’ils donnent et non ce qu’ils sont. Cette “trilogie domestique” était de compléter la fonction d’un objet en lui donnant trois dimensions : fonctionnelle, poétique et imaginaire. Ce projet a été fondateur. Il m’a fait prendre conscience que le savoir faire du designer réside en grande partie dans ce dosage. Le travail consiste alors à apprivoiser les ingrédients qui composent un objet pour qu’ils suivent une intention, qui est la raison même de son existence. Cette complexité du processus de création rend le travail passionnant. Cela demande une grande rigueur intellectuelle. En abordant des “objets meublant“, la fonction élargie est tout naturellement concrétisée en scénario de vie. Cela me permet de faire des propositions en dehors des codes existants, mais aussi de réaffirmer les valeurs du partage ou de l’hospitalité qui sont les socles de mon travail. De plus, le meuble n’est pas envisagé tout seul, comme une star, mais en liaison avec les autres équipements et mobiliers qui structurent la maison. Ceci m’invite tout naturellement à développer des notions de modularité, de fluidité, de changements, de dispositifs non permanents qui permettent de mieux qualifier l’espace en faisant cohabiter les activités plutôt que de les empiler ou les superposer. Ce que j’ai appelé des scénarios de vie.

*nous avons posé une question pour réaction à tous les designer(e)s de cette série – Le 2 octobre 1974, lors d’un voyage au Canada, Gérard Pelletier demande à Françoise Giroud : Mais jusqu’où allez-vous pousser cette recherche, cette exigence de l’égalité, de la parité de la femme dans le système ? Françoise Giroud répond : Jusqu’à ce que des femmes incompétentes puissent occuper des postes de direction comme les hommes le font. /Image – 1/trilogie domestique®ENSCI 2/matali crasset®Saskia Lawaks

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