Choquer pour défricher

Posted on 17 décembre 2012

Originaire de Strasbourg, Marie Christine Dorner est une figure emblématique du renouveau du design en France. Diplômée de Camondo, globe-trotter, ses voyages façonnent sa carrière. Tokyo, pour Teruo Kurosaki, elle crée une collection de mobilier qui l’impose au Japon. Paris, en 1990, elle conçoit la tribune présidentielle du 14 juillet, projet dont elle assure encore aujourd’hui la maîtrise d’œuvre. Londres, elle enseigne au Royal College of Art à la demande de Ron Arad. Paris/Tokyo, ici et là, elle développe la notion de « matière matters » et son nom est associé à celui de grandes maisons telles que Saint-Louis, Baccarat, Bernardaud, Montis, Ligne Roset, Zeus…

Cette phrase de Françoise Giroud* me fait sourire. Je suppose qu’il y a 38 ans, il fallait vraiment choquer pour défricher et faire avancer la question de l’égalité hommes-femmes dans l’univers professionnel. Elle s’est servie des hommes, elle les a aimés aussi, elle était hype compétente dans ce qu’elle faisait. Bref, elle savait de quoi elle parlait en prononçant cette phrase pleine d’humour.

DANS NOTRE MÉTIER, JUSQU’ OÙ DOIT POUSSER L’EXIGENCE DE PARITÉ ?
Je suis absolument contre la parité. J’estime que cela dessert les femmes qui se retrouvent en situation d’être choisies parce qu’elles sont femmes et non pas parce qu’elles sont les meilleures (ce qu’elles sont souvent et il est donc doublement blessant de laisser planer le doute). Aujourd’hui, les choses ont changé et quand on est designer, on n’est pas dans une confrontation hiérarchique dans un univers de bureaux. En tous cas, pas moi. J’ai ma propre société, mes assistants sont des femmes et des hommes, je reconnais à chacun ses qualités. Depuis le début de ma carrière, j’ai toujours trouvé autant d’avantages que de désavantages à être une femme.

PROBLÈME DE GENRE ?
La quasi majorité des chefs d’entreprises sont des hommes et je constate qu’ils sont souvent gênés de lier un lien de travail, de complicité et d’amitié avec une femme (ont-ils peur des leurs ?) ; cela me dessert souvent je crois.

Pourtant je ne demande pas plus !

*nous avons posé une question pour réaction à tous les designer(e)s de cette série – Le 2 octobre 1974, lors d’un voyage au Canada, Gérard Pelletier demande à Françoise Giroud : Mais jusqu’où allez-vous pousser cette recherche, cette exigence de l’égalité, de la parité de la femme dans le système ? Françoise Giroud répond : Jusqu’à ce que des femmes incompétentes puissent occuper des postes de direction comme les hommes le font./Image 1 Ivy Chair – 2Marie-Christine Dorner©Thierry Vasseur

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