Rationalisme – le design est italien #2

Posted on 23 avril 2013

Le terme rationalisme n’existe qu’en Italie, car ailleurs on utilise le vocable modernisme. Ce mot fut utilisé en 1928 pour l’exposition sur l’architecture rationaliste. Le rationalisme se définit par une volonté de ne pas sombrer dans un style international, de trouver une individualité, de garder vivace l’esprit du Bauhaus tout en en modifiant la lettre quand il le fallait“.

 Marc-Antoine Pâtissier

Tout à la fois verbe et substantif, (to) design associé à rationalism, donne à entendre l’alliance entre du concepteur et de l’ingénieur et de l’industriel. D’ailleurs les mille objets et leur succès brouillent la frontière entre artes liberales et artes mechanicae.

Le rationalisme allemand

Fondée en 1955, l’École d’Ulm (Hochschule für Gestaltung d’Ulm – HfG Ulm), reprend et dépasse les aspirations de l’enseignement du Bauhaus, dans son ambition de développer le rationalisme et la production industrielle. Cette ambition accompagnera le miracle économique allemand d’après-guerre, trouvant un bon exemple d’application dans la collaboration entre Dieter Rams et la firme Braun. Une croyance dans les valeurs du progrès un peu béate guide ce courant design.

Le design prospère depuis la fin (philosophique) du Grand Art dans le monde de l’art daté par Adorno, du début des années Soixante. Fidèle à ce modèle, les programmes pédagogiques furent organisés en conformité avec le conservatisme politique ambiant. Couches après couches, rationalisme aidant, le Parlement décide de rattacher l’École à une école d’ingénieurs et la fermeture définitive de l’école fut décidée en mai 68. À l’heure de la révolution progressiste submerge l’Europe, l’École s’arrête !

Alors qu’est-ce qui distingue le rationalisme allemand et italien et le fonctionnalisme à l’œuvre dans d’autres pays ?

Le rationalisme italien

Dès les années cinquante, partagé entre fonctionnalisme, expérimentation et outil de production affûté, le design italien est scindé en un versant organique et aérodynamique incarné par Carlo Mollino et un rationalisme dominé par Franco Albini, Osvaldo Borsani et Ignazio Gardella. Plus que dans l’enseignement, la suprématie italienne s’impose dans le mobilier et les luminaires (Gino Sarfatti) : l’idée de meubles fonctionnels est abandonnée au profit du paysage domestique – alors que les créateurs scandinaves cherchent à masquer les sources de lumière, les modèles de Sarfatti se démarquent par leurs fils et ampoules apparents. À Milan contrairement qu’à Ulm, on ne réfléchit à l’adaptation de la forme à la fonction. Ici, les notions de patrimoine ou de transmission sont périmées.

Rationalisme allemand ou radicalisme italien, fonctionnalisme, Style Internationnal, c’est un même courant. Il reste un modèle pour beaucoup, un état d’esprit. “Le designer dirige le monde à coup de canons esthétiques intransigeants liés aux valeurs d’usage. Comment distinguer le bon design du mauvais ? Selon quels critères peut-on dire qu’un paysage, une ville, une maison, un objet, un être humain est mieux désigné qu’un autre ? Comment différencier le souci esthétique de soi jubilatoire du surhomme artiste de Nietzsche de celui, mortifère, du Clay de Bret Easton Ellis ? Bernard Lafargue

Citation d’autant plus vraie qu’aujourd’hui les valeurs d’hier, d’égocentrisme et de valorisation de soi – qui ont longtemps guidé la pensée du design – laissent la place à d’autres valeurs qui émergent : coopération et convergence, durée et durabilité, respect et gratuité.

/image – Bureau de Franco Albini pour Knoll – 1949

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