Design : la fondation

Posted on 5 novembre 2014

À travers le design des choses, c’est le design de la société qui s’exerce:  la fondation du Bauhaus a demandé aux designers de Stuttgart L2M3, une nouvelle la “bayer next“ emprunte à la police universelle Herbert Bayer**. Ils ont consacré une année à la tâche, passé au crible les archives : “c’était une mission de rêve, mais aussi un cauchemar, compte tenu de l’importance historique du Bauhaus“.

En fermant le Bauhaus, épicentre fertile des avant-gardes européennes, en poussant ses artistes à l’exil et en diffamant ceux qui restent, le nazisme isole complètement la culture allemande de son inscription dans la Modernité, en tant que culture ancrée dans un siècle de changements radicaux. “L’absence d’un art libre empêche la culture d’imaginer, de fantasmer, de se représenter ce qui est en train de se produire sous ses yeux“.

Régis Debray dans son texte Socialism and Print : a life cycle*, rappelle que le socialisme en tant que parti politique fut fabriqué par des typographes, des imprimeurs, des publicistes et des libraires – ce qu’il appelle sa “graphosphère“. Ainsi l’idéologie est indissociable de la culture matérielle dans laquelle elle naît et où elle va se développer. C’est une idée très présente dans l’idéologie marxiste à son origine : l’homme transforme le monde tout autant qu’il est transformé par lui. Les objets du design, conçus pour améliorer le cadre de vie, sont porteurs d’un message politique. Ils proposent une version du bonheur rendue conforme à l’idéologie dominante.

*Régis Debray, Socialism and Print, a life-cycle, New Left, avant-gardes **La police grotesque sans-serif, utilisé à partir de 1929 pour le « Die Neue Linie » magazine conçu au Bauhaus, était une véritable innovation.