Timbrés

Posted on 17 septembre 2015

“Si tous les documents devaient être perdus, une collection complète de timbres suffirait pour la reconstruction totale de la culture de l’ère technologique.“ (Aby Warburg, 1926)
Le timbre célèbre ses 175 ans, alors quelle est la représentation du design et des designers sur ces petits bouts de papier ?

Qu’est-ce qu’un timbre-poste ?
En 1837, Rowland Hill introduit, en Grande-Bretagne, le timbre-poste et le taux de penny fixe associé. Désormais ce n’est plus le destinataire qui paie à réception, mais l’expéditeur selon un tarif définit par avance. Le premier timbre-poste sera le “Penny Black“, édité en 1840. Dès lors ces petits espaces gravés et colorés se transformeront en documents d’États, les collectionneurs amplifieront la valse commémorative.

Quel était le rôle joué par le design sur les timbres ?
En 1927, la Reichspost propose d’appuyer l’exposition “Die Wohnung“ (Le logement) par une commande : l’administration demande au peintre et typographe Willi Baumeister, qui a conçu l’affiche de l’exposition et le catalogue, de dessiner un timbre. Pourtant aucun des projets architecturaux (de vastes lotissements municipaux à Berlin et Francfort) n’est jugé approprié pour un timbre commémoratif. Les Pays-Bas, en revanche, réussissent à éclipser la République de Weimar dans la représentation moderniste des années trente. En 1932, Piet Zwart présente une série mêlant typographie, couleurs et pour la première fois la photographie.

Il faut attendre quarante ans (de 1932 à 1972) pour voir apparaître des designers et architectes sur un timbre.
Le Corbusier (1972, Suisse), Alvar Aalto (1976, Finlande), Mies van der Rohe le “pavillon de Barcelone“ (1987, RFA) et Arne Jacobsen (2007, Danemark). Malheureusement, les formats des timbres et des cachets ne rendent guère justice aux designers – les créations sont à peine reconnaissables.

design_italiano

Plus près de nous, en 2000 et 2001, la Poste italienne propose des blocs sur “Design Italiano“ présentant des meubles et des luminaires. Cette proposition est concomitante avec le bloc “Charles Ray Eames“ émis par les États-Unis : 16 timbres commémoratifs célébrant la diversité dans le travail du duo de designers. En 2009, Royal Mail en Grande-Bretagne sort la série “Classiques du design britannique“ avec des images allant de l’avion de combat Spitfire à Mary Quant et sa minijupe… En 2015, le Irish “An Post“ publiera un timbre commémoratif en l’honneur d’Eileen Gray.
Malheureusement, tout cela semble un peu tard, la libéralisation des services postaux dans les années quatre-vingt-dix et l’arrivée d’Internet ont détruit l’attrait du timbre pour le plus grand nombre et surtout son impact pédagogique sur le grand public. Dommage pour le design qui en tant que sujet est peu ou mal traité. Reste le graphisme et la technique qui sont remarquables.

Face à la remise en cause de l’affranchissement, doit-on parier sur la disparition du timbre ou au contraire envisager la multiplication de cette économie qui s’adresse aux collectionneurs en quête de placement ? Walter Benjamin avait prédit, en 1926, “que les timbres postaux ne devraient pas survivre (pour des raisons politiques) au vingtième siècle“. Avait-il raison ?

Soyons positifs et parions que dans un monde d’images, le design pourra gagner en importance, tant par les graphistes sollicités que par la beauté des objets représentés.

/images – 1 – An Irish Post issued four stamps featuring work of Irish furniture designer and architecture Eileen Gray- 2 – Design italiano – Data di emissione: 9 marzo 2000