Les années vingt : la machine et le design

Posted on 23 avril 2016

La métaphore dominante du design moderne durant la première moitié du vingtième siècle a été, sans conteste, la machine. Perçue comme un symbole de puissance, capable d’engendrer le progrès et la démocratie, la machine a stimulé l’imagination de maints architectes et designers des pays industrialisés.

À la suite de la Première Guerre mondiale, les principaux pays d’Europe sont galvanisés par la nécessité de créer un nouveau monde démocratique au sein duquel l’environnement matériel doit jouer un rôle déterminant. Beaucoup de designers combinent les innovations que permet la fabrication d’articles en série, en se fondant sur les principes de simplification et d’abstraction géométrique. Conjuguées pour la première fois, ces forces font émerger un puissant mouvement de réforme. En Union Soviétique, Artistes, architectes et designers travaillent à la poursuite d’un idéal : la création et l’invention d’un nouveau monde. Ils conçoivent des affiches, des vêtements de travail, des bâtiments et des outils de propagande à des fins autant pratiques qu’idéologiques. Aux Pays-Bas on travaille sur le développement d’un nouveau langage du design qui associe la spiritualité et l’idéalisme social. Le magazine hollandais De Stil, paru pour la première fois en 1917, se fait l’écho du travail de Piet Mondrian, Theo van Doesburg, Bart van der Leck et Gerrit Rietveld, qui mélangent lignes verticales et horizontales avec une palette de couleurs simples, en s’efforçant d’atteindre ce qu’ils définissent comme un style pur applicable aussi bien à un bâtiment qu’à une chaise ou un tableau.

Mais, c’est au Bauhaus, en Allemagne, que la théorie du design va émerger sous le nom de fonctionnalisme. Ici il atteint son niveau d’expression le plus sophistiqué et le plus aboutit.

Cette école expérimentale d’architecture, de design et d’artisanat fondée en 1919, est inspirée d’un idéalisme politique et culturel qui entend créer un langage universel des formes et de l’objet. La théorie du fonctionnalisme, qui s’enracine dans les principes de production de masse et de simplification géométrique, stipule que la forme de l’objet dépend de sa structure interne. Les enseignants du Bauhaus développent un système d’enseignement du design recommandant la “confiance dans le matériau“ et soulignant l’importance de la fonction.

Dans les années vingt, la France élabore également sa version d’un modernisme de progrès.
Le design capture l’architecture par l’intermédiaire des arts appliqués mobilier ; céramique, verre, métal et textile et, en fin de compte, par le biais du design industriel. À la fin des années vingt, le modernisme équivaut à un idéal international. Bien que l’Europe ait été pionnière dans la mise en œuvre d’un tel phénomène idéologique et esthétique, les États-Unis ne restent pas indifférents à ce qui va devenir le mouvement moderne, en architecture et en design.
Les États-Unis produisent une forme de design plus orienté vers la consommation qui connaît un impact international important, voire dominant, dans les années de l’après-guerre : les designers industriels américains refaçonnent de façon spectaculaire les réfrigérateurs, les caisses enregistreuses, les appareils photo et les automobiles. Au contraire de leurs homologues européens, ces designers se fixent pour mission la modernisation en masse des foyers. Norman Bel Geddes, Raymond Loewy, Walter Dorwin Teague, Henry Dreyfuss et autres cherchent à doter les biens de consommation d’une nouvelle séduction qui les rende plus compétitifs, lis vénèrent la vitesse et la modernité, thèmes remarquablement mis en évidence par l’exposition Century of Progress de Chicago en 1933 ou lors de la spectaculaire foire internationale de New York en 1939.

Cette année-là, les machines contemporaines dominent la vie moderne et donnent à chacun l’impression qu’il entre de plain-pied dans le futur!

/illustration Joost Schmidt, Poster for the 1923 Bauhaus Exhibition in Weimar, 1923, Bauhaus-Archiv Berlin 

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