Les années trente : les deux visages du modernisme

Posted on 24 mai 2016

Le modernisme présente en fait deux visages : l’un ouvertement progressiste, l’autre plus conservateur et tourné vers les grands styles du passé.

Le mouvement progressiste du modernisme
Ce climat est favorable à des artisans et des décorateurs d’intérieurs comme Jean Dunand, Eileen Gray et Jacques Émile Ruhlmann qui, à l’instar de Pierre Legrain, Jean Puiforcat, Sue et Mare ou Jean Michel Frank, occupent le devant de la scène dans les années vingt. Chacun se livre à ses recherches personnelles, tout en participant d’un mouvement global. L’exposition des Arts décoratifs, qui se tient en 1925 à Paris est décisive. Elle attire l’attention sur leurs travaux et donne son nom au style qui caractérise cette époque, l’Art déco. Elle permet au reste du monde de prendre connaissance de ce qui se passe en France.

L’impact de cette manifestation sur les créateurs étrangers est très grand.
Tout comme naguère l’Art nouveau, l’Art déco défend d’abord une vision élitiste du mobilier et de la décoration, en utilisant de préférence des matériaux coûteux, avant que son esthétique gagne le grand public. Pour la première fois, dans les années trente, un style se répand dans toutes les classes de la société : des couverts ou aux ustensiles de pique-nique : l’Art déco devient un style populaire et international.

Le mouvement conservateur (traditionaliste) du modernisme
Dans les pays scandinaves – Suède, Finlande, Danemark – aux traditions populaires très présentes, à l’exigence de qualité s’ajoute l’ambition de parvenir à une société égalitaire par le biais de l’industrie.
Des créateurs suédois comme Wilhelm Kâge, Edward Hald, Simon Gate, Gregor Paulsson, Gunnar Asplund, Bruno Mathsson, s’assurent une audience internationale grâce aux efforts de la Svenska Slôjdfôreningen (Société de design industriel), qui prêche la fusion des traditions artisanales et de la production industrielle.
Au Danemark, cet idéal se retrouve dans Kaare Klint, un programme repris après la guerre par la génération suivante de créateurs danois.
En Finlande aussi les préoccupations sociales tiennent une place importante, et le pays ambitionne de développer une forme de modernité qui lui serait propre. Les réalisations d’Alvar Aalto et son usage précurseur du contreplaqué courbé trouvent un prolongement dans le domaine de la ferronnerie ou de la verrerie.
Cette version adoucie du modernisme connaît un grand succès en Grande-Bretagne, qui a vu naître le mouvement Arts and Crafts. Des créateurs comme Ambrose Heal, Gordon Russell, Enid Marx et Eric Ravilious reflètent la détermination de combiner d’une façon novatrice le passé et le présent.

Ce n’est pas le versant rigide du modernisme qui a exercé l’influence la plus grande, mais l’autre, le plus traditionnel, qui intègre des éléments purement décoratifs et utilise des matériaux classiques. il demeure présent dans notre environnement et notre vie quotidienne.

/illustration Eva Zeisel (1906-2011), Théière, deux tasses et soucoupes Town & Country, vers 1945 Terre cuite émaillée ®Denis Farley

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