Les objets #1

Posted on 11 novembre 2016

L’enfance, réduite comme une peau de chagrin, a changé la nature de ses jeux. McDonald’s en est devenu le plus grand distributeur, et pratiquement tous sont des produits sous licences dérivés de films.
Telle une oie gavée au grain, notre génération est née pour consommer. Certains d’entre nous sont prêts à camper devant un Apple Store pour être les premiers à tenir un iPhone dans leurs mains… Les subtilités des modèles, de la provenance et des lignes des produits alimentent la pornographie dégoulinante qui fétichise les lunettes de soleil et stylos à plume, baskets et vélos, et pratiquement toute chose pouvant être échangée, collectionnée, classée, organisée et, en définitive, possédée.

Peut-être sommes-nous à la veille d’une vague de répulsion, mais aucun signe ne permet pourtant de la prédire pour l’instant… C’est ce que doit penser Dieter Rams qui se plaisait à comparer les rasoirs et les mixeurs Braun à des majordomes anglais : discrets quand on n’a pas besoin d’eux, mais toujours prêts à s’activer sans effort à notre appel. Car comme l’affirme John Berger (Voir le voir) : “il est important de ne pas confondre la publicité avec le plaisir ou les bénéfices que l’on peut tirer des produits qu’elle propose. La publicité fonde d’abord son système sur l’appétit naturel pour le plaisir. Mais elle ne peut pas offrir l’objet véritable du plaisir […]. La publicité est la vie de cette culture [du capitalisme] et survit en contraignant la majorité qu’il exploite à définir ses propres intérêts de façon aussi étroite que possible.“*

Les ouvrages de Munari ou Berger s’inscrivent dans une littérature très prolixe, depuis Mythologies de Roland Barthes, publié en 1957 et le Système des objets de Jean Baudrillard (1968) peu de critiques ont soumis le design à une analyse fouillée. C’est une lacune regrettable.

*Voir Le voir, John Berger, éditions A. Moreau, 1976, traduction de Monique Triomphe, p. 141 /texte librement adapté d’un propos de Tufan Orel.