Art et design : utile et inutile

Posted on 22 décembre 2016

Il y a un curieux paradoxe dans l’idée d’accorder plus de valeur à l’inutile qu’à l’utile.Christian Louboutin crée des chaussures qui gênent la démarche et coûtent beaucoup plus cher qu’une paire de chaussons de gymnastique, mais s’avère plus utile lors d’un rendez-vous galant. Une Ferrari attire davantage l’attention qu’une Volkswagen. Enfin, à un niveau plus élémentaire, si l’art est inutile, le design est utile. Picasso est ainsi une figure de la culture du vingtième siècle bien plus centrale que le Corbusier.

Certaines créations sont moins utiles que d’autres, ce sont celles qui jouissent d’un statut plus élevé.
Il existe une catégorie de meubles de bureau autrefois appelée fauteuil de direction et une autre désignée comme le fauteuil de dactylo : la deuxième catégorie est souvent l’équipement le plus complexe et le plus confortable des deux. Ses connotations fonctionnelles de fauteuil réglable, bien conçu et ergonomique, ont encouragé les cadres à adopter les signaux de haut statut social liés au confort, plutôt que la nature plus égalitaire du fauteuil de dactylo. En Grande-Bretagne, on appelait autrefois le design “l’art commercial“ pour le distinguer de l’art véritable. Lorsqu’en 1930, les designers commencèrent à s’organiser en tant que profession, ils choisirent le nom de Society of Industrial Artists. Ce fut à cette époque que le design, après un divorce avec l’artisanat, prit son sens moderne. Pourtant le design commercial dominant d’aujourd’hui est traité comme l’enfant idiot du branding.

Dans les années quatre-vingt, lorsque le Design Museum de Londres sonda Alan Bowness, alors directeur de la Tate Gallery, sur la possibilité de consacrer au design une partie du site de Millbank de la Tate, on raconte qu’il rejeta l’idée par ce commentaire : “les abat-jour ne m’emballent pas“. Marcel Duchamp et Andy Warhol explorèrent tous deux la signification de la production en série. Le ready-made de l’urinoir et la sérigraphie du portrait multiple de Mao sont particulièrement révélateurs de notre relation aux objets industriels et de l’impact de la fabrication en série sur la culture. Ils nous parlent de l’art de transformer des matériaux de base en objets inestimables.

Le design vise à nous rappeler que le monde ne se limite pas au fonctionnel. Intimement attaché au caractère émotionnel des objets, il a pour but d’apporter de la valeur à des choses dont la production est bon marché, mais, la plupart des designers ont été formés à avoir l’intime conviction que le design n’est pas de l’art.

/illustration – Andy Warhol – Diamond Dust Shoes – 1980 – Screen print with diamond dust on Arches Aquarelle (Cold Pressed) paper ®Feldman/Schellmann

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