Design en France #1

Posted on 11 février 2017

Le design en France : une discipline reconnue et un métier nouveau

Il ne suffit pas de dire que le design est un vecteur de performance économique. Il faut reconnaître que dans le même temps, il est une discipline artistique. Le design joue sur des ressorts que le designer est quasiment le seul à utiliser dans le paysage industriel et institutionnel : sa puissance est énorme, basée à la fois sur l’irrationnel, l’émotionnel, le désir et les passions.

Le design, en France, est un métier jeune qui n’a que trente ans, l’âge de l’École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI), et sa propagation dans l’entreprise, seulement vingt ans.
De l’architecture, les entreprises de design ont gardé le modèle de croissance lié aux marchés publics et à leurs appels d’offres. De la communication, elles ont hérité du mode d’organisation et de l’état d’esprit. Il semble impossible aujourd’hui de préciser le périmètre encore flou des compétences. La population des designers s’est considérablement enrichie ces dix dernières années, produisant des designers en titre diplômés ou des designers travaillant dans des secteurs en lisière. Les fonctions et les métiers du design ont été formatés dans le référentiel des métiers du design à un moment où la notion de hiérarchisation était en train d’exploser.

Les demandes se modifient, portant davantage sur le conseil, la stratégie, la prospective et non plus seulement sur la création. Aussi on ne peut avoir qu’un seul souhait, celui que la promesse de la Ministre Aurélie Filippetti soit honorée et donne naissance à un diplôme sincère de design.
Cela n’a pas survécu aux départs de ses deux promoteurs Arnaud Montebourg et Aurélie Filippetti. Emmanuel Macron et Fleur Pellerin ont fini d’enterrer la mission en élisant d’autres priorités. Car, longtemps épargné, le monde du design est aujourd’hui touché par la précarité. Force est de constater que le design a été touché de plein fouet par les dernières crises de  2000 et  2008. De témoignage en témoignage, tous disent que les années quatre-vingt, l’époque du designer roi, l’ère de l’empereur Starck, est révolue. Le design, ce n’est plus faire rentrer du beau en toute chose, de l’esthétique dans l’environnement. On interroge dorénavant le designer sur d’autres terrains. On attend de lui qu’il fasse changer les méthodes et qu’il fasse accéder les non-initiés à la culture design.

Le design tient une place incongrue mais réelle dans le débat politique qui l’a largement intégré à son mécanisme. Les designers sont invités à traduire sur le terrain les projets territoriaux amorcés par les acteurs politiques. On constate cependant que la récupération par les élus des actions du design est vécue parfois comme une forme d’ingérence par les professionnels.

/Les résultats de cette étude ont été exposés commentés et débâtus, lors d’une intervention à l’Académie des Beaux Arts, le 8 mars 2017, par Frédéric Rossi-Liegibel. Ce dernier  est enseignant à l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne (histoire contemporaine du design) et l’École Camondo – Les Arts Décoratifs (sémiotique), chercheur associé au Ladyss – UMR 7533 – CNRS – et au Calhiste – Université de Valenciennes et du Hainaut Cambrésis /Arnaud Monterbourg et Laurent Dutheil, Lieu du Design, Paris. Photo Martin Argyroglo – source Libération, le 22 février 2013.

Related Articles:

Post Footer automatically generated by Add Post Footer Plugin for wordpress.