Rendez-vous du design #3 - "Design et territoires" par culture-gouv

Design en France #3

Posted on 12 février 2017

Les limites de l’accompagnement des territoires dans leur développement

Pour entrer plus avant dans le mécanisme territorial, il faut comprendre que les territoires se saisissent de la question de la création de valeur par le design, selon trois modes : de la formation, de la promotion et du management, et non par l’innovation.

Ce sont deux concepts différents, deux notions trop souvent associées, superposées et confondues. Cette indétermination, ou surdétermination, apparaît comme une stratégie de marketing territorial, comme un moteur de l’innovation sociale. Le transport en partage dont Velib’ et Autolib’ sont le symbole de pures innovations design(ées) qui s’appuient sur un écosystème tout en créant le sien : ce sont des services, bien plus larges et intéressants que l’objet vélo ou voiture qui, en lui-même, a peu d’intérêt esthétique nouveau. Ici le design prend naissance à l’intérieur même de l’innovation. Ce modèle de conception de projet, émergeant en France, s’appuie sur les capacités d’innovation des designers et sur l’intérêt des élus pour ces mêmes projets. La liaison de la réalité économique avec le territoire est réelle et revendiquée. De plus en plus fréquemment, elle passe par la création d’incubateurs, de pépinières ou d’hôtels d’entreprise. Cette professionnalisation par le projet a pour but de lutter contre le chômage des jeunes diplômés ou des nouveaux entrepreneurs.

La politique appliquée sur les territoires relève de “l’ordolibéralisme“,
courant de pensée selon lequel la mission économique de l’État est de créer et de maintenir un cadre normatif permettant une concurrence libre, non faussée entre les entreprises, où le profit est un moyen et non une fin en soi.
Ces pratiques seraient fondées sur de nouvelles visions, de nouveaux modèles économiques, comme l’économie de fonctionnalité définie par Dominique Bourg (2005) ou l’économie de la contribution dont parle Bernard Stiegler (2008). “L’innovation conceptuelle ne naît pas des rouages de l’État. Elle n’est pas générée par les grandes entreprises.
Elle ne renaît pas non plus des marchés. Elle est le plus souvent portée par des hommes et femmes qui se situent hors système. Elle naît des rencontres de praticiens, de chercheurs, de philosophes, de visionnaires, de bricoleurs et d’amateurs. “Ce sont des créateurs d’industrie. Ils restent assez marginaux“ (Alain Cadix, 2012).

Il faut à ce stade se demander si c’est l’absence d’une politique publique concertée et ambitieuse qui constitue le principal frein au développement de la culture du design en France ou si le rôle des territoires est fondamental dans son histoire ?
Les limites précédemment soulevées poussent à se demander s’il ne faudrait pas privilégier une mission centrale, ayant comme but unique d’accompagner les territoires dans leur développement, où comme certains le suggère mettre en place un archipel économique dont Paris ne serait pas le centre mais le moteur.

/Les résultats de cette étude ont été exposés commentés et débâtus, lors d’une intervention à l’Académie des Beaux Arts, le 8 mars 2017, par Frédéric Rossi-Liegibel. Ce dernier  est enseignant à l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne (histoire contemporaine du design) et l’École Camondo – Les Arts Décoratifs (sémiotique), chercheur associé au Ladyss – UMR 7533 – CNRS – et au Calhiste – Université de Valenciennes et du Hainaut Cambrésis.

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