Digression d’octobre – DéesSe ?

Posté en aparté par frederic rossi-liegibel le 1 octobre 2010

“Je crois que l’automobile est aujourd’hui l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques… conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon dans son usage, par un peuple entier qui s’approprie en elle un objet parfaitement magique“*.

Pour Roland Barthes l’automobile est un objet superlatif, à la fois perfection et perfectible, dont l’attraction du relève du merveilleux. La DS a longtemps eu tous ses caractères : métal sans relief, absence de jonction entre les vitres : c’est une merveille d’ajustement, d’ajustement à son époque. Rupture dans la mythologie automobile, avec Barthes elle est devenue spirituelle, sublime
Avec Gabriel Orozco, elle est traitée sans distance. C’est un objet reconfiguré, voulu une prise directe sur la rue. Beaubourg ne propose pas de pénétrer dans la voiture, dommage car le public tient une place privilégiée dans cette sculpture automobile.
Dans cette œuvre, l’artiste opère une réduction d’un espace usuel et quotidien, qui se trouve altéré et nous piège dans sa fonction.
Travail paradoxal, il brouille les frontières entre l’objet d’art et l’environnement quotidien, entre l’art et la réalité.

Le Salon de l’Auto, s’ouvre aujourd’hui. Loin du Grand Palais, c’est à Beaubourg que l’on revoit la DéeSse et non (pas) plus à la porte de Versailles.

*Roland Barthes, 1957, Mythologies, Point Seuil

/Par Frédéric Rossi-Liegibel /Le Centre Pompidou/ Gabriel Orozco/ 15 septembre 2010 – 3 janvier 2011 /Salon de l’automobile /Du samedi 2 au dimanche 17 octobre, de 10h00 à 20h00 /Porte de Versailles /musique /Valentin Elizalde /Corrido del Primo /Regresan los Mafiosos, tout droit respecté, morceau acheté via iTunes.

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Façonner notre imaginaire

Posté en répérage par frederic rossi-liegibel le 28 juin 2010

Du Las Vegas des années 50 et 60 au Dubaï de notre siècle, jouant d’une esthétique de l’accumulation souvent proche du kitsch, les Dreamlands (mondes clos) ont inspiré des démarches artistiques, architecturales et urbanistiques au point de s’ériger en référence de certaines constructions contemporaines.

Les “dreamlands de la société des loisirs ont façonné l’imaginaire et nourri les utopies comme les créations des artistes, mais ils sont aussi devenus réalité: le pastiche, la copie, l’artificiel et le factice ont été retournés pour engendrer à leur tour l’environnement dans lequel s’inscrit la vie réelle“. Du “Learning from Las Vegas“ (L’enseignement de Vegas) de Robert Venturi et Denise Scott Brown au “Delirious New York“ de Rem Koolhaas cette exposition fait échos à celle sur les rapports entre l’architecture et le bande dessinée qui a lieu simultanément à la Cité de l’architecture & du patrimoine à Chaillot.

Cette exposition pluridisciplinaire mise en espace spectaculaire propose une lecture d’envergure et convie à s’interroger sur la manière dont s’élabore l’imaginaire de la ville dont les projets urbains se nourrissent.

/Par Frédéric Rossi-Liegibel /Dreamlands, Des parcs d’attractions aux cités du futur/ du 5 mai – 9 août 2010 /Centre Pompidou /Paris 04 /Illustration /Kader Attia /Untitled (Skyline), 2007 /Courtesy : BALTIC Centre for Contemporary Art /Courtesy Galerie Anne de Villepoix, Paris © Colin Davison

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Les coulisses d’une agence

Posté en répérage par frédéric rossi-liegibel le 16 février 2010

La “substance du design“*, mis en scène par Patrick Jouin**, met en évidence les coulisses d’une agence de design qui manie des objets, des scénarios, des textes, des dessins, des projections, des échantillons, des prototypes, des maquettes. Une agence qui invente entre eux des scénarios création. Le choix s’est porté sur une vingtaine de projets sélectionnés parmi les plus représentatifs de la diversité et de l’éclectisme que cultive une agence de design. Pour chaque projet, l’ensemble du processus de recherche et de développement est présenté, expliqué. Une lecture transversale du design est proposée que vise à créer un cadre propice à l’immersion des visiteurs dans la vie des agences : regards croisés entre le créateur, ses créatifs, les fabricants et les utilisateurs.

Cette mise en scène prend la forme d’un récit illustré. Les visiteurs assistent ainsi à une présentation personnelle des objets qu’ils pourront ensuite examiner de plus près dans  la matériauthèque, mi trompe l’œil, mi réelle.

**Né en 1967, Patrick Jouin est l’un des protagonistes majeurs du design contemporain, sur les scènes française et internationale. Depuis 1999, son agence parisienne se distingue par la diversité de ses activités: design d’aménagement, architecture, design industriel, artisanat, scénographies, mobilier urbain … Ainsi, son Agence Patrick Jouin ID a participé à de nombreux projets urbains engagés par la Ville de Paris tels les nouvelles toilettes publiques ou encore les stations Vélib’.

*/La Substance du Design, du 17 février au 24 mai 2010 /Centre Pompidou 75191 Paris cedex 04 /Par Frédéric Rossi-Liegibel

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Bleu – Yves Klein

Posté en décryptage couleur par frederic rossi-liegibel le 19 novembre 2009

Le nom d’Yves Klein évoque ses tableaux monochromes. Ces peintures procurent l’impression de plonger dans la couleur pure.

Yves Klein a lui-même associé son nom au bleu de ses tableaux en le baptisant du sigle IKB, International Klein Blue*.

Mais les monochromes bleus ne sont que la face la plus visible de son art, comme le dit Klein lui-même : “mes peintures ne sont que les cendres de mon art“. à partir de cette déclaration, on situe les Monochromes bleus dans un ensemble plus vaste, comme la première étape d’un travail qui prend appui sur le visible pour franchir le seuil de l’invisible. Couleur de la sensibilité, le bleu  sera relayée par l’or, matière de la transaction et puis par le rose figurant la chair. constituent le lien qui unit la chair et l’esprit et assure la transition de l’un à l’autre. L’interprétation de l’œuvre d’Yves Klein, centrée autour du bleu, est en partie due à la courte vie de l’artiste (1928-1962). C’est réaliser la fonction qu’Yves Klein assigne à la peinture : rendre l’espace sensible, qu’il les réduit en 1957 à la seule couleur bleue, le bleu étant la couleur du ciel. En 1959, il pose l’équivalence des trois couleurs, comme en témoigne une conférence qu’il donne à la Sorbonne : “Le bleu, l’or et le rose sont de même nature“. Ces trois couleurs évoquent la “trinité kleinienne“ : rassemblés en une œuvre, le bleu, l’or et le rose**

Mais, les Monochromes bleus sont imprégnés d’un quelque chose de plus que la matière tangible qui les transforme en œuvre d’art. Preuve en est lors de leur première présentation au public en janvier 1957, à la galerie Apollinaire de Milan, bien qu’identiques, les onze tableaux exposés ne sont pas appréciés de la même manière par le public : ils sont vendus à des prix différents. Klein en conclut que chaque tableau, en plus de sa réalité matérielle, est imprégné d’une qualité immatérielle qui le distingue des autres. Dès lors, Klein accordera à la matière des futurs IKB* un soin particulier, comme si elle conditionnait le pouvoir du tableau à capter ce qui le transformera en œuvre d’art.

*Autour de 1957, il élabore une matière épaisse avec des reliefs, notamment grâce à des éponges, qu’il étale au rouleau pour qu’aucune aspérité ne contrarie la couleur et invente une résine synthétique pour ses pigments outremer sans les ternir. C’est ce mélange qu’il baptise du nom de IKB, et qu’il fait enregistrer à l’Institut National de la Propriété industrielle, sous la forme d’une enveloppe Soleau.

** lire article or – Yves Klein / rose – Yves Klein

/Par Frédéric Rossi-Liegibel /crédits photo crdp-reunion/yves /klein/ E.Levasseur & M.A. Blanchon /image de Une copyright Mathias Walter® pour le livre Alchimies édition Extrême Paris

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Noir – Soulages

Posté en icône par frédéric rossi-liegibel le 26 septembre 2009

Pierre Soulages décline une surface idéale de projection, une œuvre au noir paradoxalement lumineuse.

Noires, les toiles semblent impatientes de pouvoir jouer avec le soleil.En écho à la formule de Maurice Denis affirmant qu’un tableau est “essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées“, Soulages apporte un correctif : “…sur laquelle viennent se faire et se défaire les sens qu’on lui prête. “Le sens d’une peinture, dit-il en pesant ses mots, ce n’est pas sa matérialité. C’est sa réalité.“ C’est vrai que face à un Soulages, on a envie d’y porter la main, d’en éprouver la matière épaisse, voire de tâter les bourrelets des lignes creusées en surface..

Parlant de ses œuvres, Pierre Soulages détermine, les trois éléments contribuent à faire une couleur  : le premier, c’est celui qui la réalise ; le deuxième, c’est la chose qu’elle est – la chose pas le signe ; la troisième, c’est celui qui la regarde.“

Voilà, résumé la couleur dans son ensemble

Peu importe la façon dont la matière a été posée, ce qui compte c’est le choc, l’émotion qu’elle est à même de produire sur celui qui la regarde.

La stature noire de Pierre Soulages fait écho à ses toiles, sans que l’une ne trouble visuellement l’autre. Chaque noir a sa valeur propre, comme il en est de chaque toile, puisque la lumière vient de la toile, dès lors, le regardeur est inclus dans cet espace.

À 90 ans, Soulages est un artiste qui n’a jamais fait partie d’aucune chapelle, qui n’a pas varié par rapport à son engagement esthétique de la première heure et dont la renommée s’est d’abord construite aux États-Unis avant l’Europe, de 1947 (article initial de William Rubin “The New York School of Art. Then and Now“) à nos jours.

/Par Frédéric Rossi-Liegibel /Le Centre Pompidou/ rétrospective/ Soulages/ peintre du noir et de la lumière/ 14 octobre 2009 – 8 mars 2010. Photo 1 Pierre Soulages/ Peinture 260 x 202 cm, 19 juin 1963/ Huile sur toile Collection/ Centre Pompidou, Musée national d’art moderne/ Diffusion RMN©Adagp, Paris 2009 - Photo 2/ copyright Montpellier Agglomération

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