Dessine-moi le futur de l’hôtellerie 

Posté en décryptage par frederic rossi-liegibel le 2 juin 2010

Commissioné par W Hotels, Patrick Jouin dévoilait à Milan le mois dernier sa vision de la suite d’hôtel.  Intitulé Extreme WOW Suite of the Future installation, ce projet experimental témoigne de la volonté du groupe Starwood (propriétaire de la chaîne W Hotels) de continuer à surprendre et innover.

W a ouvert son premier établissement en 1998 à New York et créé alors un électrochoc dans l’hôtellerie de chaine, sur le créneau haut de gamme urbain. Collaborant avec des agences de design et intégrant dans sa conception de l’hôtellerie d’alors tout les codes des boutiques hotels, les attentes d’un nouveau type de clientèle affaire et ce fameux effet WOW …

Selon Eva Ziegler, directrice internationale de la marque pour W Hotels et Le Meridien : ‘Le design est intrinsèque à W Hotels et une source d’inspiration qui continue de nous différencier de nos concurrents. Nous sommes très heureux de travailler avec des designers émergents ou confirmés et celà sera facilité grace à notre nouveau partenariat avec Design Miami/Basel. Nous avons donc naturellement choisi le Salon du Meuble de Milan qui réunit la crème du design international, dont certains des studios avec lesquels nous avons déjà travaillé, pour annoncer ce partenariat’.

Craig Robins (Design Miami/Basel) justifie l’entrée de W Hotels dans le cercle de marques partenaires de Design Miami/Basel par le fait que W Hotels partage un même état d’esprit et goût pour l’innovation associée à une qualité de service irréprochable. L’arrivée de W Hotels est prétexte à la remise d’un Designers of the Future Award à des agences habituées des chantiers d’hôtels. Les gagnants 2010 sont donc: le studio berlinois Beta Tank, l’artiste Graham Hudson, les américains de Zigelbaum Coelho et Random International (Berlin-Londres). Le Designers of the Future Award s’étend donc à présent à ce pan stratégique que représente l’industrie hôtellière. Près de cinq ans après la création de Design Miami/Basel, W Hotels rejoint le club fermé des partenaires de ce salon du design, parmi lesquels les annonceurs fondateurs HSBC et Audi.

W Hotels annonce pour sa part des ouvertures à Downtown New York, London, Paris (ouverture prévue début 2011 dans le quartier de l’Opéra), St. Petersbourg, Guangzhou, Shanghai, Bali, Koh Samui et Verbier.

/Par Andrée Fraiderik-Vertino /crédit photo W Hotels Designers of the Future Award Announcement – Beta Thank – Eyal Burstein - Graham Hudson

Bokja

Posté en éclairage par businessmadame le 30 avril 2010

Rencontré dans leur show room galerie à Miami en 2008 lors de Design Miami alors qu’elles présentaient leur dernière collection et dévoilaient leur talentueux art de la customisation de mobilier, Bokja est un duo créé par Hoda Baroudi et Maria Hibri. Ces deux libanaises n’en sont pas à leur premier coup d’essai. Dix ans déjà qu’elles travaillent ensemble, pour le meilleur. Hoda a étudié la finance à l’Université Américaine de Beyrouth qu’elle a quitté avec un BA et un MBA et aurait donc dû naturellement se diriger vers une carrière dans la finance. Logique. Sauf que séduite par l’art d’origine du Levant et sensible à l’artisanat lié au textile elle tombe littéralement dans le tissu et c’est avec sa collaboratrice Maria elle férue de design des années 50 et 60, qu’elle commence l’histoire de Bokja. Maria est elle diplômée en Littérature Arabe (American University of Beirut) et en journalisme (Lebanese American University). Associant leur deux expertises elles deviennent rapidement des références et sont perçues comme les initiatrices d’une des initiatives les plus intéressantes et créatives de la région.

Bokja a ouvert sa première vraie boutique à Beyrouth en 2009. Elles ont créé l’événement en octobre 2009 en présentant une exposition chez Merci, le concept store parisien. Les pièces montrées pendant la fashion week, seize au total, ont été vendues en trois jours seulement, confirmant l’oeil avisé de Jean Luc Colonna, directeur Home and Design chez Merci : “Bokja c’est avant tout la recherche de l’émotion plus que de la perfection“. Emotion partagée. Fruit d’une vraie volonté de réussir, d’être là où il faut, au bon moment. Jean Luc Colonna me confie que : ‘débarquées incognitos dans la boutique du boulevard Beaumarchais, les deux créatrices ont su s’imposer, convaincre et séduire par l’approche si différente de leur concept’. Leur ténacité a été récompensée par une belle collaboration.

Mais que veut donc dire Bokja ? Bokja est un mot turque qui décrit l’ornement en tissu délicatement fabriqué par la famille de la mariée pour recouvrir sa robe. Hoda et Maria apportent la même passion et délicatesse, empreinte de poésie à leur créations, réinventant une deuxième vie ou autre lecture des classiques imaginés par des designers tels feu le danois Arne Jacobsen.

Aparté / A l’époque de l’attentat du Premier Ministre, alors que je décide un rapide mais majeur, voyage à Beyrouth, seule, accompagnée dans les rues des casques bleus ou des commerçants qui me repèrent de mes virées sur la corniche, en Jeep sur les hauteurs alentours, à ma sortie du Méridien … Bref cette année là, pendant la période de la « Cedar Revolution »,  je suis loin d’imaginer que Maria Baroudi secoue la scène artistique locale ..

/Par Andrée Fraiderik-Vertino

Le Collectif Designers +

Posté en éclairage par frederic rossi-liegibel le 20 avril 2010

Cooperative Design m’a demandé de faire dans ses colonnes, le “portrait Design“ d’une région que je connais bien, Rhône–Alpes. Je lui ai proposé de le peindre par petites touches, en une série d’articles concis qui traitent d’initiatives originales dont on parle peu, sans omettre ce qui relève de repères plus classiques. Marie Marguerite Gabillard

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aiaiai, cumulus sur le design !

Posté en éclairage par frederic rossi-liegibel le 17 avril 2010

D’une méprise sur ce qu’est le design, en passant par deux exemples de détournement, comment le design peut il encore nous surprendre et réveiller l’économie en osant l’humour et l’intégration des codes de l’art contemporain et de la mode.

“Travailler ce n’est pas jouer“. Quelle belle la palissade direz-vous ? Et pourtant l’on prend souvent le design pour une discipline non stratégique, de celle que l’on élimine avec le département communication en temps difficile pour l’entreprise.

Si le design peu se faire léger et pas trop intellectuel il reste tributaire de contraintes lourdes et intrinsèques à son développement, assez proche des processus de la recherche scientifique. Les anglos saxons parlent d’ailleurs d’industries créatives, terme qui englobe des facettes diverses du design mais qui permet de recentrer le design sur ce qu’il est : une industrie, un pan d’économie dynamique, une fabrique à emplois.

Si l’on cherche de l’hédonisme, du jeu dans les créations de designers l’on est vite confronté à des créations qui manquent de poésie. Fantaisie, création, récréation, ne font pas toujours bon ménage au pays de l’architecture et du design. Le design se prend parfois très au sérieux et oublie d’être ludique en plus d’être fonctionnel. Il est dans la démonstration, la justification, il se doit de prouver sa légitimité, à tort.

Nathalie Karg, à l’origine paysagiste, a décidé de tirer parti de ce constat en y ajoutant une contrainte. Associer à l’humour et la fonctionalité  la résistance aux éléments extérieurs (pluie, neige, soleil, vent, …). Celà a donné naissance à Cumulus Studio, une plateforme qui invite chaque saison des designers et artistes à concevoir des objets et mobiliers pour un double usage intérieur et extérieur. Des pièces imaginées comme des oeuvres d’art, avec une belle âme et beaucoup de poésie. Qu’ils soient très confirmés (Ugo Rondinone) ou plus juniors (Allan McCollum, Andrea Blum, Aaron Young), les invités répondent au même cahier des charges.

La première collection de Cumulus Studio a été présentée à New York au printemps 2009. L’histoire continue à faire la pluie et le beau temps, renouvellant le style du design de mobilier et accessoires extérieurs. En mars dernier, une réalisation de Joel Shapiro était montrée dans le cadre de l’Armory Show de New York.

Dans la même veine, le studio danois aiaiai, détourne les codes très sérieux des accessoires high tech et commence là où s’arrêtent les excellents Jawbone et WESC. Casques audio et  autres gadgets prennent des couleurs, se jouent des formes classiques et se muent en autre chose que de simples outils périphériques. Ils font alors partie de notre style, de notre look et secouent l’économie des accessoires audio. Acheter plusieurs casques ou oreillettes devient donc un standard, associer ces éléments à sa garde robe et son humeur du jour un basique.

/Par Andrée Fraiderik-Vertino/ copyrights photo Cumulus Studio + aiaiai

Sans langue de bois

Posté en témoignages par frederic rossi-liegibel le 10 avril 2010

Le  constat : féroce ou lucide ? Pour la Fédi Rhône-Alpes et son président Eric Denis*, le métier est aujourd’hui complètement atomisé, il n’y a pas assez d’entreprises de design d’envergure et leur lisibilité est faible.

Cette myriade de petites agences ou d’indépendants économiquement fragiles ne fait qu’accentuer la perception du métier de designer comme un métier d’artiste et non comme un métier pour et par des entrepreneurs. “Un indépendant aussi bon soit ‘il  avec le meilleur réseau autour de lui, ne peut pas construire une offre spécifique, apporter à chaque projet des solutions design adaptées, sans l’appui d’une équipe multi compétente qui constitue (théoriquement) toute agence de design“.Pour Eric Denis, au delà de la crise économique, état permanent depuis plus de 10 ans, il y a deux facteurs importants dans cette paupérisation des agences : le rôle des établissements de formation et celui des entreprises.

“Trop de BTS sont de moins en moins adaptés aux agences moyennes et travaillent directement avec des PME“. Si ces jeunes professionnels ont une vision plus large de l’entreprise, ils ont perdu des compétences techniques qui assoient le métier et font que les agences les prennent plus volontiers en stage et les gardent pour les former.

Cette vision sans doute plus large des problématiques rend ces jeunes BTS plus sensibles aux sirènes du design intégré. Les designers managers en entreprises les feront travailler sur une palette plus large de travaux, mais souvent à vil prix. Les PME sans design intégré vont les embaucher ou même les faire travailler en fonction externalisée, alors qu’ils ont peu d’expérience. Cette situation peut être intéressante pour un jeune professionnel, mais c’est une vision a minima de l’exercice de son métier qui n’est pas porteuse de développement.

Cet état de fait contribue à la multiplication des structures unipersonnelles, ne fait pas progresser la valeur ajoutée du métier et assèche les agences. Pour  Eric Denis, travailler à  développer et structurer le métier de designer et les agences de design est une nécessité absolue.

Quelles approches, actions pour le syndicat ?

Il s’agit donc pour le syndicat dans un premier temps, de faciliter le rapprochement des métiers et des structures. La Fédi Rhône-Alpes se veut d’abord au service des métiers du design pour les industriels, les entreprises et non pas seulement du design industriel.

Le premier mouvement du programme a été de s’ouvrir aux autres métiers et régions pour se parler, échanger, et essayer de construire du nouveau.  La Fédi Rhône-Alpes y a gagné de nouveaux adhérents d’horizons divers, ergonomes, anthropologues, graphistes etc….. de nouveaux partenaires potentiels. Elle a aussi mieux positionné les acteurs  de la profession, leurs valeurs, leurs centres d’intérêts et leurs moyens.

Le deuxième mouvement concerne les actions vers (avec) les pouvoirs publics, déléguées à Joseph Mazoyer (Agence DO – Lyon). Le syndicat a engagé un travail en profondeur avec la DGCIS (ministère de l’industrie) pour que les agences aient accès à des aides qui facilitent leur développement. La position du syndicat n’est pas de subventionner les agences ou de faire financer leur prospection par des aides, mais au moins de bénéficier des aides accessibles aux entreprises, comme le crédit impôt recherche par exemple, accordé aux BE techniques et pas encore aux designers.

Il s’agira aussi de mieux tirer parti de l’engouement des pouvoirs publics régionaux, locaux pour le design. Si l’on demande aux designers de témoigner, d’être présents dans des organisations régionales, bien souvent les parties prenantes n’ont aucune idée concrète pour donner du grain à moudre aux designers, c’est à eux qu’il revient de proposer des projets, des programmes pour rentabiliser cette promotion qui reste encore trop stérile pour la profession.

Pour Eric Denis ce sont des premières actions de base, il faut travailler encore avec les écoles, les agences et les clients à (re)donner de la consistance aux métiers du design et à ses entreprises.

N’est pas un bon point de départ pour créer une filière Design ?

*Eric Denis est depuis un an le président de la Fédi Rhône-Alpes. Le bon moment pour lui demander de nous décrire un peu sa vision du métier au travers des activités que le syndicat mène. Eric Denis est gérant de la structure de design industriel EDDS qu’il anime depuis 7 ans. Diplômé de  l’ESDI, il exerce son métier depuis 15 années en Rhône-Alpes, région et métier pour lesquels il a toujours montré un militantisme sans faille S’appuyant sur le solide travail de fond des présidences passées (déontologie, pratiques, outils pour des prestations de qualité ….), la politique de la Fédi Rhône-Alpes est de travailler à construire le métier, seul véritable enjeu d’aujourd’hui pour les designers.

/ Marie Marguerite Gabillard, Lyon le 30 avril 2010

Design entrepreneurs – meet Claus Sendlinger

Posté en répérage par businessmadame le 1 mars 2010

At a time when the notion of design has become a very common expectation among travellers from middle class to wealthy business men, in a period when it is a standard vision into the hotel industry itself, being a label that has founded its core strategy on design excellence can turn into a nightmare. Such a company might fear to be out dated ! But with about 170 hotels in the 2010 Design Hotels book, the men behind this sucessful story can keep on sleeping quiet nights. Though this is not the attitude that they chose to adopt, Design Hotels makes it better, standing in a position of future-forward visionnary, analysing the trends and not only the figures of the hospitality industry.

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London crunching

Posté en icône par frédéric rossi-liegibel le 23 février 2010

Nouvelle rencontre improbable, après le récit de voyage (d’affaire) à Moscou, l’histoire des Indiens panjabi à Kinshasa, voici l’histoire de Tony O’Rourke raconté par Loïc.

Tony O’Rourke est Anglais et vit à Copenhague. Emigré de longue date, il a fait sa vie au Danemark, fondé une famille et réussi dans le retail, le sportswear. A la tête de deux ou trois magasins, il a acquis du métier (de la bouteille) et de la compétence dans le domaine de la distribution, menant une vie réglée au pays du commerce stable.

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Design selon Jens

Posté en icône par businessmadame le 23 décembre 2009

“To ideate is to create new ideas systematically for a purpose“. Jens Martin Skibsted

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Rumba Zaïroise

Posté en icône par frédéric rossi-liegibel le 21 décembre 2009

Second épisode du feuilleton, celui des rencontres improbables. Le premier épisode est un récit de voyage (d’affaire) à Moscou, ici c’est l’histoire de ces Indiens panjabi qui noyautent le commerce à Kinshasa…

Mr Ashak est Gujrati, indien du nord de l’Inde. Mr Ashak fait du commerce à Kinshasa, en République Démocratique du Congo. Il y a lancé la première chaîne de supermarchés, qui n’a rien à envier à nos supérettes. Son projet, c’est d’ouvrir des magasins de cosmétique. Et pour ça, il veut mieux que les “sud-Af “, avec qui il travaille. Il veut les français.

Kinshasa est un immense bidon ville concentrique, qu’ils appellent la “cité“. 10 millions de personnes convergent quotidiennement pour travailler dans le centre, qu’ils appellent la “ville “, où le gros du business se fait. La ville est tout aussi déglinguée, mais les immeubles y sont plus hauts, construits en béton par les belges au temps des colonies. Depuis leur départ, rien n’a bougé. Les rues sont défoncées et je ne tarde pas à comprendre pourquoi tout le monde roule en 4X4, comme l’ONU. Les entrepôts de Mr Ashaq sont gardés par deux soldats armés de Kalashnikov. L’armée les paye si rarement qu’ils font tous des petits boulots. J’aurai moi-même durant mon séjour la chance d’être accompagné par un charmant policier qu’on surnomme Commandant. Mr Ashaq ne cesse de sourire pendant tout notre entretien, 3 portables coincés entre les gros doigts de sa main gauche. Il n’a aucun doute sur le succès de son entreprise : les femmes africaines aiment se faire belles, et certaines ont beaucoup de sous. Et nul endroit où le dépenser, à part à l’étranger, ou en important des produits. Rien n’est produit au Congo. Tout est importé, des légumes aux produits manufacturés. Les bateaux débarquent quotidiennement des milliers de containers que Mr Ashaq négocie “au cul du cargo“. Il paye son tribut à chaque barrière, en liquide, entre le port sur l’Océan et Kinshasa en amont du fleuve. Et c’est comme ça qu’il a bâti son empire. Il a fait fortune deux fois, ruiné à chaque coup d’état.

Il m’envoie illico visiter le chantier. Un immeuble de plusieurs étages en béton. A Kinshasa, les Libanais trustent le bâtiment, et les diamants. Les Indiens trustent le commerce. Et les Africains rament. La ville se construit en permanence. L’immobilier se négocie en liquide, en dollars. Les banques sont inexistantes, les chiffres officiels – PNB et autres – n’ont rien à voir avec le business réel pratiqué sur place. Les immeubles se négocient à la mallette, l’argent est prêté par les diamantaires, qui contrôlent tout. Mr Ashaq me raconte tout : la corruption, les magouilles, les ruses qu’il doit employer. Il ne cache pas son mépris : tensions ethniques, corruption… Pourtant le Congo, avec ses richesses naturelles, est potentiellement le pays le plus riche d’Afrique. Et la beauté dans tout ça ?

Le soir, je sors avec Commandant, qui tient absolument à me montrer la vraie Kinshasa. La cité. Là où les cartes de téléphone se vendent à tous les coins de rues, où les cambistes changent les dollars en pleine rue, portant sur eux des sommes énormes, sans être jamais menacés. Hilare, Commandant me présente son « dossier », c’est à dire sa maîtresse. On va manger de la chèvre grillée, sur un stand dans la rue. La chèvre attend sur un piquet, qu’on la tue et qu’on la grille sous nos yeux … A perte de vue les stands s’étalent le long de la seule route goudronnée, celle qui mène à la ville. C’est le royaume de la chaise de jardin, qui fleurit dans toutes les couleurs, comme les façades. La nuit passe, entre boîte de nuit et rumba Zaïroise. Commandant me raccompagne à l’hôtel. Le portier veut me présenter sa cousine. Court vêtue, la cousine. Je refuse poliment le dossier. Je dors.

Dernier tour au bord du fleuve, magnifique, majestueux. Je refuse brochette de sauterelles et termites grillées. Poisson, ça ira. Les semi-remorques chargés de bois passent en permanence, couvrant le bruit de la rumba déversée au grand air. Des milliers de troncs énormes descendent le fleuve en permanence depuis la jungle en amont, là où vivent les gorilles. Je suis estomaqué de la quantité de bois qui me passe sous les yeux. Commandant me dit qu’il part directement chez nous. Que va-t-il rester de cette forêt ? Tous ces troncs reviendront en meubles Ikéa dans les containers de Mr Ashaq. Tout part brut, tout revient transformé, et cher.

En rejoignant l’aéroport, je me demande quelle était la matière brute partie en amont de moi, revenant aujourd’hui sous forme de design… La beauté du fleuve ? Celle des femmes africaines? Une beauté qui serait comme une matière première ? De ce point de vue-là, elles la méritent leur boutique. Elles ont sans doute le droit de se sentir encore plus belles, si elles le veulent. Comme des diamants taillés.

/Par Loïc Delafoulhouze qui dirige l’agence Western Design, spécialisée dans le retail et la cosmétique, co-fondée il y a 10 ans avec Dominic Desmons. Ses clients et projets l’emmènent aux quatre coins du globe, où exercer son métier de designer ne va pas forcément de soi…

Icônes moscovites

Posté en éclairage par frédéric rossi-liegibel le 16 novembre 2009

Aujourd’hui démarre un nouveau feuilleton, celui des rencontres improbables. Le premier épisode est un récit de voyage (d’affaire) à Moscou, où Loïc Delafoulhouze (Western Design), s’est rendu pour réfléchir à la création d’une chaîne de distribution de cosmétique naturelle. Ce récit est celui de ces rencontres qui impressionnent, liées aux télescopages improbables.

Il inaugure une série qui sera conduite par Loïc, avec l’histoire de ces Indiens panjabi qui noyautent le commerce à Kinshasa, celle de cet anglais installé à Copenhague qui participe au lancement historique de Westfield, le plus grand centre commercial d’Europe, et qui y fait faillite, de manière historiquement rapide…

Bon en attendant partons à la rencontre de Andreï Chelnikov… (le bien nommé).

Petit, chauve, édenté sur le devant, des accros blancs sur son crâne rasé, le ventre rebondi, l’air mafieux et les manières avec, il a tout du businessman russe, du repris de justice. Jovial, pas toujours subtil mais avec un solide sens de l’humour, 50 ans, c’est un ancien responsable des jeunesses communistes, il a réussi dans les affaires. Pas du premier coup. Dans la vente d’alcools, il a connu la banqueroute. Dans les cosmétiques, secteur auquel il ne connaissait rien, il a connu le succès. 10 ans plus tard, ses shampoings et produits de soin inondent le marché et partagent les étagères de tous les drugstores du pays avec Fructis et consorts et avouent (seulement) 30 000 000 d’euros de chiffre d’affaires.

Râleur, Andreï Chelnikov se comporte en accord avec son statut. Il descend dans les plus grands hôtels, et proteste quand ils lui proposent de ne pas changer ses serviettes afin de faire un geste écologique : au prix où il paye sa chambre !
Égoïste, brutal, néanmoins jamais dénué de
raison, il peste contre la congestion automobile de Moscou et suggère de couper tous les arbres qui encombrent les bords d’avenues, pour les remplacer par des voies ou des places de parking. Il ricane lorsqu’on lui parle de poussées écologiques. Ce qu’il constate, c’est que les voitures sont de plus en plus nombreuses, point !
Efficace, rapide, Andre
ï rejette tout ce qui est ancien. Il veut du neuf, de l’Occidental. Le passé de son pays ne l’intéresse pas, voire le dégoûte. Il n’a aucune confiance dans ce qui est russe. Alors, il voyage. Dans ses déplacements, il emmène “ses filles, c’est un investissement profitable“. Ses “poupées russes“, diplômées d’universités moscovites, occupent les fonctions clés de son entreprise contre un bon salaire. Face à leur patron, tour à tour jovial puis brutal, elles opposent une impassibilité toute… russe. De fait, le contraste est saisissant entre ces créatures apprêtées, délicates, efficaces et leur patron. Mais ça marche !
Dépensier, il mène grand train, et s’offre tout ce qui se produit de meilleur. De ses voyages, il rapporte des valises entières de produits de soin achetées aux plus grandes marques
et entretient ses mocassins Prada à la crème anti-âge de chez Chanel. Hilare, il dit “que si c’est bon pour les vieilles peaux… “

Lucide, son nouveau credo est le naturel. Il va donc ouvrir une chaîne de magasins où il va distribuer des marques cosmétiques naturelles, bio ou non, provenant du monde entier, ainsi que les siennes. Une partie des bénéfices de ses marques contribue à la préservation en Sibérie des plantes rares. Lucide, il sait que ses dons, gérés par le Jardin botanique de Moscou ont déjà été dépensés pour autre chose. Il le sait et il s’en contrefiche, du moment qu’il peut apposer son argument sur le flanc de ses produits. Il n’y a pas une once de pensée écologique, son unique but, c’est le profit : satisfaire les besoins des gens et s’enrichir. Il ne croit qu’aux contes de fées, surtout à ceux qui plaisent aux consommateurs. Il crée un parallèle entre Marque et Religion. Ainsi, à l’image de l’église qui a dépensé des fortunes dans l’édification de son image, il pense qu’il ne faut pas lésiner pour faire passer les messages. Andreï Chelnikov se veut le pape de sa petite religion.
Lucide toujours, il ne se cache derrière aucun paravent
et se moque des belles manières. L’époque soviétique l’aura vacciné contre elles. Il est entier, et pratique l’honnêteté comme tout ce qu’il pratique, de manière brutale et sans détours. Il ne pratique la tricherie que quand celle-ci est une pratique quasi nationale. Héritier des Jeunesses Communistes, il y a acquis cette rouerie qui lui permet de naviguer dans les eaux d’un capitalisme sauvage, où le profit est la valeur dominante, et l’honnêteté reste celle des rapports humains, du face à face. Sa poignée de main est franche, son regard direct. Il se veut irréprochable et grand seigneur, signant les contrats sans rechigner, réglant acomptes et déplacement rubis sur l’ongle, car il est important pour lui de ne pas être catalogué comme ces Russes auxquels il ne fait aucune confiance. Il veut montrer la distance qui le sépare d’eux, et à quel point travailler avec lui est un confort. Étonnamment, on croit en cette honnêteté-là. Cet homme-là paiera, et sera sans détours !

Intuitif, il a fait le choix d’investir beaucoup d’argent dans le design occidental, il affirme que rien de bon ne sort des agences russes, qui mettront un temps infini à rattraper le temps perdu. Et du temps, il n’en a pas. D’où cette rencontre.
Andre
ï Chelnikov est un personnage incroyable, à la morale discutable, mais doté d’un pessimisme joyeux qui le rend attachant. Pourquoi pas, après tout ? Ce qui est fascinant chez cet homme d’affaires d’un nouveau genre, c’est de voir à travers lui le capitalisme à l’état pur, l’animal entrepreneur en toute nudité. Il est toutefois autorisé d’imaginer un monde marchand honnête et efficace, tourné vers l’avenir et le bien de l’humanité. À cette idée, Andreï Chelnikov partirait sans doute d’un grand rire édenté.

/Par Loïc Delafoulhouze qui  dirige l’agence Western Design, spécialisée dans le retail et la cosmétique, co-fondée il y a 10 ans avec Dominic Desmons. Ses clients et projets l’emmènent aux quatre coins du globe, où exercer son métier de designer ne va pas forcément de soi…

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