Quelles valeurs sont véhiculées par l’esthétique ?

Posted on 6 mars 2015

Aujourd’hui, la beauté de l’objet réside-t-elle dans sa fabrication, son utilisation, sa forme, ses capacités d’évocation personnelle ou culturelle ?
C’est un concept abstrait, en même temps que concret et matériel. C’est ces qualités qu’Elsa Francès et Benjamin Loyauté, commissaires généraux de la Biennale 2015*, ont choisi d’explorer. L’enjeu de cette Biennale, la neuvième, est de faire découvrir et ressentir ce que le geste esthétique peut offrir**.

Qu’est-ce que le beau ?
Trop souvent, on associe le beau à l’art. C’est très réducteur. Nous employons l’adjectif beau pour désigner des choses qui n’ont rien à voir entre elles, et qui, parfois, n’ont rien à voir avec la beauté. Le concept de beauté est relatif et non universel, il n’y a pas une définition, mais, des définitions différentes à chaque époque : les Grecs, par exemple, attribuaient le beau à la proportion. Aujourd’hui, cela nous semble insuffisant, alors que Pythagore, c’était parfait.

Qu’est-ce que l’idéal esthétique ?
Si la Grèce antique ne définit pas l’idéal, elle l’associe volontiers à divers concepts : cher, juste, convenable, mesure et harmonie. Ce dernier terme franchit plusieurs siècles. Au Moyen Âge c’est une harmonie et des proportions. Le monde médiéval définit aussi le laid, comme l’antithèse du beau, comme un manque nécessaire à l’éclat de la beauté. Cette idée traverse arts et société. Le beau se situe à l’intérieur de certaines limites, tandis que le laid est infini, donc plus complexe, varié et amusant. La laideur est souvent cachée dans les détails, il faut aller la chercher. Dès lors, surgit une nouvelle beauté, la beauté fonctionnelle, le marketing n’y est pas pour rien. Il transforme l’objet usuel en œuvre d’art qu’on expose dans les musées, on parle désormais de deux conceptions : celle de la provocation proposée par les mouvements d’avant-garde qui ont transgressé tous les canons esthétiques des siècles précédents et de la beauté de consommation. Cette conception du beau, proposé par les médias, le cinéma, les magazines, est mis en forme par le graphisme et le design.

On le voit le thème choisi par Elsa Francès et Benjamin Loyauté est complexe. Car, notre époque se caractérise par la pluralité des modèles : “nous nous trouvons face à un supermarché de la beauté où chacun achète ce qu’il veut. C’est la démocratie esthétique. Le design hérite sans vergogne du désir de beauté qui ne nous lâche pas, malgré les discours d’une avant-garde déjà ancienne pour qui les catégories esthétiques n’avaient aucun sens. Reste, encore et toujours, à trouver des beautés et des formes nouvelles“***.

/image – Lukatarina BAGFOOT – photo Peter Kuraltjpg.

*Christophe BailleuxSam BaronFrédérique BompuisLise CoirierKim ColinRodolphe DogniauxElsa FrancèsGaëlle GabilletSam HechtBart HessAlexandra JaffréDavid-Olivier Lartigaud, Oscar LhermitteBenjamin LoyautéGiovanna MassoniMarc MonjouJean-Luc MoulèneFlorence OstendeDennis Parren, Eric Petrotto, Kyung Ran CHOI, Tim SimpsonYuri SuzukiDieter Van Den Storm, Sarah Van GamerenIonna VautrinSamuel Vermeil et Stéphane Villard. **Seule ville française membre du réseau UNESCO des villes créatives de design, Saint-Étienne donne à sa Biennale un souffle international important. La Biennale 2015, où sont attendus tous les publics (designers, entreprises, étudiants, scolaires, grand public), donne ainsi à voir des objets, des services, des équipements et des environnements qui proposent une expérience sensible. Elle se déroule sur un mois. Elle investit Saint-Étienne de la Cité du design au site de l’ancienne Manufacture d’armes, de l’office du tourisme à la Plateforme, de l’Amicale Laïque Chapelon au musée de la Mine, du musée d’Art et d’industrie au musée d’Art moderne et Contemporain. Mais aussi Firminy sur le Site le Corbusier et l’Église Saint-Pierre. ***Umberto Eco – Histoire de la laideur, Flammarion.