Alban Morin – Walkscapes

Posted on 22 septembre 2016

Depuis l’édification des menhirs, benben en égyptien qui signifie “le rocher qui émergea le premier du chaos“, la marche contribue à créer, physiquement ou symboliquement, de l’architecture et du paysage en connectant l’homme à son environnement.

En effet, en s’effectuant en phase et en accord avec celui-ci, le déplacement n’est plus dénué de lieux, ni attaché aux lieux, mais au contraire, il participe à la création d’espaces et à leur développement continu. Dès lors, l’espace urbain “est une réalité dont le rapport au corps est fondamental. Il n’est pas d’abord ce qui se trouve entre les objets, ni une étendue, mais l’extension de notre corps et de son champ d’expérience“, explicite Claude Thiberge. Les pratiques d’observations qui ont cours durant le trajet sont donc appelées à empiéter sur l’expérience du mouvement et réciproquement. La marche cristallise ainsi les liens qui se tissent entre la ville, le corps et la perception : elle devient un outil visant à explorer, interroger, collecter et modifier nos rapports à l’espace et à ses objets.

Dans les métropoles contemporaines, la ligne de désir est un parfait exemple d’une nouvelle pratique liée à la marche. En effet, le processus de création de ces chemins en terre engage le corps des habitants via l’usage répété d’un espace. En se pérennisant dans le temps, la trace engendrée acquiert le statut de voie de communication, sans pour autant être institutionnalisée. De ce fait, la ligne de désir est un acte d’invention porté par un collectif d’usagers créant simultanément une forme et sa fonction.

En vue de ce type de pratiques, comment faire évoluer la posture de designer dans l’espace urbain ? L’objectif est-il encore celui de proposer et d’imposer de nouveaux usages ? Ou a contrario, d’offrir des clés de lectures aux habitants leur permettant de s’interroger sur le paysage urbain existant ?

* Walkscapes – titre tiré du livre éponyme de Francesco Careri

** Alban Morin est diplômé de l’École Supérieure d’Art et Design de Saint Étienne. Étudiant il a eu a rédigé un mémoire de fin d’études – direction de Frédéric Ross-Liegibel – dont le sujet est la ligne de désir. En parallèle son sujet de diplôme abordait l’ornement en tant que principe, action politique et objet visant à déjouer les rapports habituels qu’entretiennent les habitants face aux espaces et aux objets urbains, dont l’image ci dessous est une illustration.

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