Yael Ranoasy – Mécaniques d’immortalité

Posted on 23 septembre 2016

Nous devons faire face à notre propre disparition et à celle de nos proches. Pour atténuer cette angoisse, l’humanité, dans une large majorité, s’est tournée vers l’idée apaisante d’une vie après la mort. Ce désir d’échapper à la mort a nourri la science et fondé des religions. Récemment, c’est également devenu une préoccupation croissante dans le champ du numérique ainsi que dans celui du design.

Le mémoire ce Yael Ranoasy* traite un sujet qui semble devenu tabou dans notre société : la mort. Malgré une surexposition médiatique de la mort, elle est devenue une affaire privée. C’est un sujet qui suscite des questionnements humains, sociétaux, économiques, etc. Le design l’aborde d’une manière formelle et conceptuelle. Il a une approche poétique, critique, bienveillante autour des questions qui en découlent : le deuil, l’accompagnement en fin de vie, l’idée de souvenir, etc. Des mécaniques d’immortalités s’érigent dans le domaine du design d’objet et du design numérique. 
Les analyses d’exemples dans le domaine du design d’objet et numérique mortuaire ont permis de questionner la place du design, les enjeux sociétaux/humains qu’ils peuvent soulever à travers leur tentative de réponse au désir d’immortalité. Le design s’intéresse à des sujets jugés délicats tant ils sont codifiés par des mœurs, des croyances, des us et coutumes. Il s’inscrit dans de nouveaux territoires, représente de nouveaux enjeux et de nouvelles perceptions d’une société en évolution. Il tient compte de la dimension identitaire des rites funéraires, et de leur mutation actuelle. Le design met en place des outils et des dispositifs qui amènent de nouveaux rites.
D’ailleurs, comme le fait remarquer Louis Vincent Thomas, le rite funéraire n’est jamais réellement destiné au défunt : “Même si le cadavre reste toujours le point d’appui des pratiques, le rituel ne prend en considération qu’un seul destinataire : l’homme vivant, individu ou communauté ; sa fonction fondamentale est de guérir ou de prévenir, fonction qui revêt d’ailleurs de multiples visages : déculpabiliser, réconforter, revitaliser… Ce rituel de mort serait en définitive un rituel de vie“**.

Mais, ce sont des objets qui éveillent aussi des questions plus critiques, remettant en cause la légitimité du design dans ce moment, son utilité, sa réponse face au désir d’immortalité, la manière dont il appréhende les besoins de l’individu.

*Yaël est diplômée de l’École Supérieure d’Art et Design de Saint Étienne. Étudiante en design produit, elle a rédigé un mémoire de fin d’étude  – direction de David-Olivier Lartigaud – dont le sujet est : les mécaniques d’immortalité érigées en design (produit, numérique). En parallèle, son sujet de diplôme qui portait sur la Lumière et Performances : si la source lumineuse cessait peu à peu d’être un objet classique d’éclairage pour être une source de performance, dont l’image ci dessous est une illustration.
**Louis-Vincent THOMAS, Anthropologie de la mort, Paris, 1975

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